Orient Occident

Qui ne se souvient pas du célèbre roman de Margaret Mitchell « Autant en emporte le vent » porté à l’écran en 1939. Esthétiquement admirable, cette œuvre relate, sur fond de guerre de Sécession, l’écroulement d’un mode vie et des « valeurs » prônées par un Sud blanc, raciste et esclavagiste.

 

Il y a eu la vache et sa folie, le mouton et sa tremblante, le poulet et sa grippe, et, maintenant, le porc et son H1N1. Tous les animaux d’élevage y sont passés, ou presque. Il n’y a que le lapin qui doit s’estimer heureux dans son clapier, du moins jusqu’à maintenant. L’avenir nous réserve peut-être un lapereau atteint de rougeole, de varicelle ou de la maladie d’Ébola, que Dieu nous en préserve.

Mais mon propos, aujourd’hui, n'est pas de discutailler de cette maladie qui affecte les gorets ni du niveau d’alerte qui leur est décerné par cette honorable institution qu’est l’OMS. Non. J’aimerais plutôt vous parler d’une maladie véhiculée par une autre espèce d’omnivores, maladie qui a dépassé, depuis belle lurette, le niveau 6 et qui est au stade de pandémie dans tous les pays occidentaux. Cette affection consiste à trouver, quelque soit le sujet, le thème, la situation ou le problème, un lien aussi ténu soit-il avec l’Islam et l’utiliser pour dénigrer, malmener et traîner dans le purin cette religion. Les exemples font légion et chaque jour qui passe charrie son lot d’inepties enrobées dans des vocables aussi tendancieux que fallacieux.

Regardons, par exemple, l’affaire des « porcs du Caire ». Le gouvernement égyptien a, à tord ou à raison, décidé d’abattre les porcs qui vivent dans les décharges publiques de la capitale dans des conditions d’hygiène exécrables. Essayez d’imaginer : des monceaux d’ordures en putréfaction dans la légendaire chaleur du Caire, nourrissant quelques 60 000 porcs destinés à la consommation humaine. L’atmosphère y est tellement nauséabonde que tout le quartier baigne dans des émanations pestilentielles. Il est clair que ces animaux sont un danger pour la santé publique en dehors même de tout risque d’épidémie de grippe porcine, surtout pour ceux qui en consomment la chair. Ce problème de salubrité publique aurait été tout à fait anodin si ce n’est que les propriétaires de ce cheptel inusité ne font pas partie de la majorité musulmane, mais sont des chrétiens coptes, chiffonniers de leur métier.

Et voilà la déferlante médiatique occidentale qui se met en branle avec ses pseudos journalistes qui se pourlèchent les groins, alléchés par la juteuse confrontation religieuse qu’ils vont monter de toute pièce et en matraquer leurs lecteurs ou leurs auditeurs.

« Les musulmans qui persécutent les chrétiens coptes», « les musulmans qui considèrent le porc comme un animal impur », « les musulmans qui veulent éradiquer les porcs parce que l’Égypte est un pays islamique », etc.

« Médisez, médisez, il en restera toujours quelque chose », dit-on.  Tous les journaux, en prime time, orchestrent le battage médiatique à grand coups d’images choc de verrats gambadant dans des dépotoirs à ciel ouvert. Incroyable : le sujet est si sérieux que le respectable journal « Le Monde » a son envoyée spéciale sur la colline de Moqatam, interviewant des zabalines (chiffonniers) coptes en colère.

Mais ce que ne nous disent pas ces donneurs de leçons, c’est que la vie des zabalines a changé depuis la restructuration du secteur du nettoyage urbain et de la collecte des ordures. En effet, ce secteur à été investi  depuis quelques années par des compagnies étrangères et les chiffonniers n’arrivent plus à joindre les deux bouts comme de par le passé. L’histoire du porc n’a fait qu’ajouter un peu plus de précarité à leur condition socio-économique qui n’était déjà pas radieuse.

Même la vertueuse Brigitte Bardot s’en est offusquée, qualifiant la décision du gouvernement égyptien de « lâcheté extrême ». Défendant la truie et le porcelet, elle a exhorté les autorités de ne pas créer d’élevages organisés, mais de laisser les porcs vivre « en liberté » dans les détritus. À se demander pourquoi elle ne s’est pas encore lancée dans l’élevage porcin dans les dépotoirs de France et de Navarre et de nourrir les Français avec cette chair infecte. Par ces temps de crise, elle aiderait à la création d’emplois et à la résorption du chômage dans l’hexagone.

Pour avoir vu et entendu de nombreux occidentaux rechigner et se plaindre de la salubrité quelque peu défaillante de certains lieux publics en Égypte, il est sidérant de les voir prendre la défense de ces endroits et de ces élevages qui sont aux antipodes des normes européennes en matière d’hygiène.

À noter que les autorités du pays ont prévu des compensations financières pour chaque bête abattue et que le directeur du département des maladies infectieuses du ministère égyptien de l'Agriculture a déclaré que l'abattage des porcs était « une mesure d'hygiène générale, pour transférer ce genre d'élevage dans de vraies fermes, pas dans les décharges ». En outre, le pape Chenouda III, patriarche de l’Église copte n’a non seulement émis aucun commentaire concernant la supposée discrimination dont font l’objet les chiffonniers chrétiens, mais a envisagé de faire participer son Église au dédommagement des éleveurs.

D’autre part, il ne faut pas oublier que l’Égypte est le pays qui a été le plus touché par l’épidémie de grippe aviaire en dehors de l’Asie : 68 cas recensés dont 25 mortels. Une telle hécatombe justifie la prudence des autorités sanitaires de ce pays envers toute autre épidémie.

Autre question qui peut venir à l’esprit : mais où diable étaient ces défenseurs du droit à l’existence et ces envoyés si spéciaux lorsqu’il y a quelques mois à peine des êtres humains se faisaient « phosphorer » ou « dimer » à Gaza?  Ou bien le droit des animaux a préséance sur celui des humains?

Détourner le problème des chiffonniers du Caire en surfant sur la vague du dénigrement systématique de l’Islam et en le présentant comme une persécution religieuse est plus que de la désinformation : c’est de la mauvaise foi et de l’incitation à la haine.

En Égypte, les coptes ont toujours été considérés comme des citoyens à part entière et ce ne sont pas quelques cochons se pourléchant les groins qui vont y changer quelque chose.

 

 

 

La crise financière actuelle a non seulement fait surgir le spectre du protectionnisme, mais a aussi déterré les vieux démons de la préférence nationale dans l’embauche. La situation socioéconomique des immigrants en Occident, en particulier celle des musulmans, qui posait déjà problème en période de vaches grasses risque de faire les frais de ces temps de disette. Mais quel est le portrait de ces musulmans en terre d’Occident ?

 

A- Perception

L’Islam est la seconde religion la plus pratiquée dans le monde après le Christianisme. Elle regroupe environ 1,2 milliard de fidèles principalement en Asie, en Afrique et en Europe. Il est très difficile de connaître précisément le nombre de musulmans en Occident, mais des estimations sérieuses peuvent le chiffrer aux alentours d’une vingtaine de millions très inégalement répartis à travers ses pays membres [1-7]. Ainsi, on remarque que quatre pays, en l’occurrence la France, les Etats-Unis, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, regroupent plus des deux tiers des musulmans d’Occident. Le reste est disséminé dans les autres pays (fig.1).

 


Fig.1 : Distribution des musulmans en Occident[1-7]

À quelques exceptions près comme la Grèce ou l’Espagne qui comptent une population musulmane séculaire, les musulmans sont essentiellement issus d’une immigration plus ou moins récente dépendamment des pays. Contrairement à la place démesurée qu’ils occupent dans les médias occidentaux, la communauté musulmane ne représente qu’environ 3,5% de la population totale de l’Union européenne [7], et moins de 3% de celle de la totalité des pays occidentaux.

De nombreux événements ont contribué à mettre les musulmans d’Occident sous les projecteurs : les attentats du 11 septembre 2001 à New York, ceux de Madrid et de Londres, les caricatures du prophète Mahomet, les péripéties du conflit israélo-palestinien, la publication de certains ouvrages controversés comme celui de Oriana Fallaci [8], la controverse sur le voile islamique en France, l’occupation de l’Irak ou le récent problème nucléaire iranien. D’autre part, les médias ont toujours tendance à monter en épingle les moindres incartades qui ont pour effet d'amplifier les sentiments islamophobes. À cet effet, le dernier rapport de l’EUMC (Observatoire Européen des Phénomènes Racistes et Xénophobes) note que : «  les musulmans sont souvent victimes de stéréotypes négatifs, phénomène qui est par moments renforcé par le portrait négatif ou sélectif que véhiculent les médias » [7]. Ce même rapport fait état de centaines d’incidents à caractère islamophobe recensés dans les années 2004-2005 dans tous les pays de l’Union Européenne.

Cela va des désormais banals incendies de mosquées en Allemagne à l’arrachage du foulard (et de quelques cheveux) d’une femme musulmane à Saragosse (Espagne), en passant par le tabassage de musulmans par des membres du Mouvement de la Résistance Suédoise (organisation nazie). Pas moins de 13 pages du rapport sont consacrées à la description d’une débauche d’actes racistes contre la communauté musulmane et certains comportements délictueux sont même attribuables à des responsables politiques ou à des policiers.

Dans leur article publié en 2007 et intitulé : "Love thy neighbour : how much bigotry is there in western countries ?" [9], V.K. Borooah and J. Mangan ont étudié l’intolérance des Occidentaux à l’encontre de 5 groupes sociaux, à savoir : i) personnes d’une autre race, ii) immigrants, iii) musulmans, iv) juifs et v) homosexuels. Dans cette étude une simple question a été posée à 31625 Occidentaux : « Aimeriez-vous avoir des personnes de l’un des groupes comme voisins ? ». Les résultats de cette vaste enquête ont montré que la Grèce et l’Irlande du Nord ont, en Occident, la plus grande proportion de personnes intolérantes envers les étrangers.

Si on se focalise sur les résultats concernant uniquement la communauté musulmane, on remarque que le Canada et le Portugal sont les pays les plus accueillants pour les musulmans alors que la Grèce et la Belgique sont les moins tolérantes (fig.2).

 


Fig.2 : Pourcentage de personnes (de la population en général) qui « n’aiment pas avoir de musulmans comme voisins » [9]

L’enquête s’est aussi intéressée à l’opinion de la fraction de la population qui comporte les personnes qui sont intolérantes envers au moins un des groupes sociaux : c’est la fraction intolérante de la population. Il apparaît, en moyenne, que ce sont les musulmans qui sont les moins bien perçus en Occident. Cependant, il existe une exception ibérique. En effet, seuls l’Espagne et le Portugal placent les musulmans devant les juifs, qui, à leur tour, occupent la dernière place du classement [9].

L’analyse détaillée des résultats ne concernant que les musulmans permet de voir que le Portugal et le Canada sont encore les plus tolérants, mais ce sont les pays scandinaves qui révèlent leur islamophobie (fig.3). En fait, l’étude montre que l’intolérance des scandinaves (qui, ensemble, accueillent moins de 4% du total des musulmans d’Occident) est principalement dirigée contre la communauté musulmane.



Fig.3 : Pourcentage de personnes (de la fraction intolérante de la population) qui « n’aiment pas avoir de musulmans comme voisins » [9]

Regardons maintenant en détail les résultats colligés pour le Canada, un des pays les plus accueillants pour les musulmans (fig.4). Il s’avère que même si ce pays jouit de ce statut enviable, le groupe social le moins bien perçu reste toujours celui des musulmans en parfait accord avec la tendance moyenne des pays occidentaux.



Fig.4 : Comparaison entre l’intolérance au Canada et la moyenne du monde occidental [9]

En 2005, dans un sondage Ipsos Reid pancanadien [10], des répondants ont été questionnés sur les minorités les plus susceptibles à être victimes de racisme. Là aussi, les résultats montrent que les musulmans occupent le haut du pavé, avec un taux plus de 3 fois plus grand que celui des juifs, par exemple (fig.5).

 


Fig.5 : Groupes ethniques ciblés par le racisme au Canada [10]

La même enquête a sondé les Canadiens sur leur aptitude à accueillir des personnes d’une autre race comme voisins. Les résultats, par province, sont présentés dans la figure 6. On y constate que c’est au Québec que la population est la plus réfractaire à cette idée. Ce qui est le plus remarquable, c’est que le pourcentage est près de 4 fois plus élevé que celui de l’Ontario et le double de celui de la moyenne canadienne. Cela met en évidence le fait que l’opinion québécoise est plus "européenne" que canadienne.

 


Fig.6 : Pourcentage de Canadiens qui n’aimeraient pas avoir de voisins d’une autre race [10]

La « grande enquête sur la tolérance au Québec » de la firme Léger Marketing [11] qui a fait couler beaucoup d’encre en 2007, a montré qu’un Québécois sur 2 avait une mauvaise opinion sur les Arabes (fig.7). Comme la plupart des Occidentaux ne font pas nécessairement la différence entre la notion d’Arabe et celle de musulman, les deux mots peuvent être considérés comme interchangeables dans le sondage.

Ici aussi, ce sont les Arabes qui ont l’apanage de la perception la plus négative, perception 5 fois plus élevée que celle envers les asiatiques, par exemple.

Fait très singulier, le sondage fait ressortir ce qu’il appelle « le paradoxe arabe » : « c’est envers la communauté arabe que les Québécois expriment le plus fort degré de réprobation. Pourtant, l’enquête démontre qu’il s’agit d’une des communautés les mieux intégrées à la société québécoise. »

 


Fig.7 : Pourcentage de Québécois ayant une mauvaise opinion des membres des communautés ethniques [11]

Deux sondages sur la perception occidentale des musulmans vivant en Occident ont été récemment publiés. Le premier, réalisé au printemps 2008 dans le cadre du Pew Global Attitudes Project [12], révèle toujours un indéniable accroissement de l’hostilité envers cette communauté dans de nombreux pays occidentaux.

Le second, le plus récent, communiqué par le GMF (German Marshall Fund of the United States) en novembre 2008, confirme cette tendance [13]. Cette étude réalisée aux USA et dans sept pays européens montre clairement, qu’en moyenne, environ 1 occidental sur 2 ne pense pas « que les modes de vie occidentaux et musulmans sont conciliables » et ne croit pas que « les musulmans ont beaucoup à offrir à la culture du pays d’accueil ».


B- Employabilité

L’animosité grandissante en Occident envers les musulmans ne se manifeste pas uniquement dans des sentiments négatifs ou des actes violents. Elle a des répercussions sur l’employabilité des personnes issues de cette communauté. Plusieurs expériences de demandes d’emplois avec des candidats fictifs ou des noms occidentaux remplaçant un nom arabo-musulman ont été tentées dans plusieurs pays occidentaux (technique de "Testing").

Le 22 février 2007, la plus importante entreprise agroalimentaire du Québec a été condamnée à verser 15 000 $ à un Montréalais d’origine marocaine qui a été contraint à se "baptiser" Marc Tremblay pour obtenir un entretien d’embauche [14]. Le même CV portant son vrai nom à consonance musulmane a été rejeté à quinze reprises entre 2000 et 2003. En 2004, une émission radio de la BBC a envoyé des demandes d’emplois de 6 candidats fictifs à 50 entreprises britanniques en utilisant des noms explicitement de race blanche, africaine ou musulmane [15].

L’expérience a montré que les candidats supposément musulmans traînaient en queue de peloton avec environ 3 fois moins de chance d’être invités à une entrevue que les candidats de race blanche (comparativement à 2 fois moins pour les candidats de race noire). Une démonstration similaire, réalisée par l’Observatoire des Discriminations de l’Université Paris I, a révélé que les maghrébins avaient 5 fois moins de chance que les français de souche d’obtenir une réponse positive [16].

Les chiffres du chômage dans certains pays occidentaux qui recensent ce type de données en fonction de la religion ou de l’appartenance ethnique sont autant d’indicateurs éloquents en matière d’employabilité des musulmans. En Grande-Bretagne où des statistiques basées sur la religion sont disponibles, on constate que les taux de chômage chez les musulmans et les musulmanes sont respectivement 3 et 4 fois plus élevés que ceux des chrétiens et des chrétiennes. Comparés aux autres religions, ils sont encore 1,5 et 2 fois plus importants que ceux des bouddhistes qui sont les moins bien lotis dans ce classement, après les musulmans [17].

En Irlande où le même type de données est disponible, le taux de chômage des musulmans est près de 3 fois plus élevé que celui de la population en général, alors qu’en Belgique il touche 5 fois plus les Turcs et les Marocains que l’ensemble de la population [7].

Au Québec, de récentes statistiques ont montré que la communauté maghrébine subissait un taux de chômage plus de 4 fois plus élevé que la moyenne, très loin derrière la communauté noire africaine, avec un chiffre de 8 points supérieur. Pourtant, le pourcentage des immigrants provenant de l’Afrique du nord possédant des qualifications universitaires est nettement supérieur à celui de la population québécoise en général [18].

Ces mêmes statistiques dévoilent que le taux de chômage des immigrants de l’Afrique du Nord en Ontario est plus de 7% inférieur à celui du Québec. Ce résultat peut être mis en parallèle avec celui de la faible intolérance raciale observée en Ontario comparativement à celle du Québec (Fig.6) [10].

Cette discrimination à l’emploi est de loin la plus insidieuse car elle freine l’intégration des musulmans au marché de l’emploi, bloque l’accès à une qualité de vie décente et nuit au sentiment d’appartenance à la société d’accueil.

Quelles mesures ont été prises pour remédier efficacement à cette islamophobie omniprésente en Occident ? En 2008, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (qui a remplacé, en 2007, l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes), a publié un rapport dans lequel elle fournit des prototypes d’initiatives, de pratiques exemplaires et de projets mis de l’avant par plusieurs villes européennes afin de favoriser l’intégration des immigrants et en particulier ceux de confession musulmane dans les domaines de l’emploi, de l’éducation et de la participation à la vie sociale [19].

Ce document qui s’adresse aux décideurs politiques et aux praticiens impliqués dans la lutte contre le racisme et la discrimination se veut un outil de travail dont tous les responsables locaux du monde occidental devraient s’inspirer.

L’islamophobie est un phénomène réellement grave dans les pays occidentaux et sa progression est indéniable. Son ampleur dépasse celle de l’antisémitisme ou du racisme envers toutes les autres communautés ethniques d’Occident. Elle affecte la structure et l’équilibre des pays membres surtout si on considère qu’un nombre croissant de musulmans de deuxième et troisième génération sont des citoyens occidentaux à part entière.

Une éducation à la citoyenneté et à la diversité sociale doit être obligatoirement insérée dans le cursus officiel des écoles et des positions politiques claires et courageuses sont indispensables afin de juguler ce fléau social. Quant à l’égalité des chances à l’emploi, la promotion des CV anonymes est une mesure minimale qui devrait aider à aplanir la disparité entre l’employabilité des citoyens de souche et de ceux issus des autres communautés. L’empathie et l’ouverture à l’autre sont des gages de la bonne santé d’une société moderne, égalitaire et résolument tournée vers l’avenir.

 

Références

1- WIKIPEDIA. (Page consultée le 15 février 2007). Islam by country, [En Ligne]. Adresse URL :http://en.wikipedia.org/wiki/Islam_by_country

2- Agenzia Fides. (Page consultée le 24 février 2007). Les dimensions du phénomène musulman en France, [En Ligne]. Adresse URL : http://www.fides.org/fra/news/2004/0406/19_2367.html

3- La Documentation Française. (Page consultée le 20 février 2007).Rapport du Haut Conseil à l’intégration de France : L’Islam dans la République, [En Ligne]. Adresse URL : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/014000017/0000.pdf

4- Pénombre. (Page consultée le 25 février 2007). Précisions et incertitudes, [En Ligne]. Adresse URL : http://www2.unil.ch/penombre/40/06.htm

5- BBC. (Page consultée le 25 février 2007). Muslims in Europe : country guide, [En Ligne]. Adresse URL : http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/4385768.stm

6- U.S. Department of State. (Page consultée le 25 février 2007). International Religious Freedom (2006), [En Ligne]. Adresse URL : http://www.state.gov/g/drl/rls/irf/2006/

7- European Monitoring Centre on Racism and Xenophobia (EUMC). (Page consultée le 16 février 2007). Les musulmans au sein de l’Union européenne : discrimination et islamophobie, [En Ligne]. Adresse URL : http://eumc.europa.eu/eumc/index.php ?fuseaction=content.dsp_cat_content&catid=3fb38ad3e22bb&contentid=4582d9f4345ad

8- Fallaci, Oriana. La rage et l’orgueil, Paris, Plon, 2002, 195 p.
Cet ouvrage a été traduit devant la justice par trois associations françaises de défense des droits de l’homme en 2002 et s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires en Italie.

9- V.K. Borooah, K. Vani, Mangan, J., "Love thy neighbour : how much bigotry is there in western countries ?", Kyklos, International Review for Social Sciences, Vol. 60, No. 3, pp. 295-317, August 2007.

10- Sondage Ipsos-Reid, "March 21st, international day for the elimination of racial discrimination", 21 mars 2005.

11- Sondage Leger Marketing, "La grande enquête sur la tolérance au Québec", 10 janvier 2007.

12- Pew Global Attitudes Project. (Page consultée le 30 novembre 2008). Unfavorable Views of Jews and Muslims on the Increase in Europe, [En Ligne]. Adresse URL : http://pewglobal.org/reports/display.php ?ReportID=262

13- German Marshall Fund of the United States (GMF). (Page consultée le 10 janvier 2009). Transatlantic Trends : Immigration 2008 Partners, [En Ligne]. Adresse URL : http://www.transatlantictrends.org/trends/doc/TTI_2008_Final.pdf

14- Canoë Infos. (Page consultée le 28 février 2007). Ségrégation : dédommagement de 15 000 $, [En Ligne]. Adresse URL : http://www2.canoe.com/infos/societe/archives/2007/02/20070223-053700.html

15- BBC. (Page consultée le 28 février 2007). ’Shocking’ racism in jobs market, [En Ligne]. Adresse URL : http://news.bbc.co.uk/2/hi/business/3885213.stm

16- Observatoire des discriminations. (Page consultée le 28 février 2007). Discriminations à l’embauche -De l’envoi du CV à l’entretien-, [En Ligne]. Adresse URL : http://cergors.univ-paris1.fr/docsatelecharger/Discriminationsenvoientretien.pdf

17- National Statistics. (Page consultée le 5 novembre 2008). Labour Market : Muslim unemployment rate highest, [En Ligne]. Adresse URL :
http://www.statistics.gov.uk/cci/nugget.asp ?id=979&Pos=1&ColRank=2&Rank=320

18- Bourque, Olivier. (Page consultée le 5 novembre 2008). Chômage des Maghrébins : « Une honte pour le Québec », [En Ligne]. Adresse URL :
http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/article/20080328/LAINFORMER/80328167

19- Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne. « La cohésion communautaire au niveau local : répondre aux besoins des communautés musulmanes. Exemples d’initiatives locales ». FRA 2008.



Cet article a été publié par:


 

Au-delà de la destruction systématique des corps, des âmes, des rêves, des édifices et de tout ce que mère Nature compte comme richesses, la tragédie de Gaza a été instructive à plusieurs égards. Entre autres, elle a fait la preuve par 22 que la Ligue arabe n'existait plus. Rien de plus facile pour s'en rendre compte que de consulter la définition que donne Le Petit Robert du mot « ligue » : « Alliance de plusieurs États, dans des circonstances particulières, pour défendre des intérêts communs ou poursuivre une politique concertée ». La Ligue arabe n'est pas vraiment une alliance, tout au plus un regroupement, ne défend nullement les intérêts communs de ses membres et poursuit la politique la plus discordante qui soit. Dans le cas du drame gazaoui, c'était carrément une historique de cacophonie. L'illustration de cette analyse sémantique est curieusement apparue après la fin de la boucherie de Gaza, sur les pentes enneigées helvétiques, bien loin des sables du Monde arabe. En effet, le dernier Forum économique de Davos a réuni un panel dont la composition frisait l'indécence.

Il y avait, dans l'ordre : le Premier ministre turc, le président de l'État d'Israël dont la folie meurtrière a été publiquement dénoncée par le précédent, le Secrétaire général de l'ONU dont un très grand nombre de résolutions n'ont jamais été respectées par le pays du précédent et, finalement, le Secrétaire général de la Ligue arabe dont un des pays a été agressé par le second et non protégé par le troisième. Mais pourquoi diable M. Amr Moussa a-t-il accepté d'être à côté du plus haut représentant de l'État hébreu moins de 2 semaines seulement après le massacre de Gaza ? Inconscience caractérisée, suicide politique ou recherche d'une condescendance occidentale ? Même lui ne doit pas le savoir.

Cette réunion, comme chacun le sait, a été ponctuée par l'héroïque esclandre de M. Erdogan qui donnait l'air d'avoir décidé de ne participer à ce débat que pour inculquer une leçon de savoir-parler et de savoir-vivre au président hébreu qui n'en finissait pas de vociférer ses arguments fallacieux. Mais quelque chose d'aussi intéressant allait se passer au moment où le Premier ministre turc quitta les lieux : le pas de danse esquissé par Amr Moussa. Une valse à quatre temps qui résume à elle seule toute la ligne politique de la Ligue arabe. Un lapsus gestuel de dix secondes et 14 centièmes, d'une théâtralité éloquente et d'un réalisme patent.

Tout d'abord, M. Amr Moussa se lève pour congratuler M. Erdogan alors que ce dernier quitte les lieux d'un pas sûr et décidé. Tout comme, durant les événements de Gaza, bon nombre de leaders arabes qui se levèrent pour ne rien faire et parlèrent pour ne rien dire. Ensuite, se retrouvant tout seul debout et ne sachant pas trop quoi faire de son corps, il essaya un pas vers la gauche pour suivre M. Erdogan. Un soupçon de témérité aurait-il été insufflé par celle du Premier ministre turc ? Que nenni. Tout comme nos dirigeants. Aucun d'eux n'a eu ne serait-ce qu'une once d'audace ou de bravoure pour claquer la porte d'une quelconque institution, assemblée ou conférence directement ou indirectement pilotées par le lobby sioniste. Ensuite, notre secrétaire général de la Ligue se ravisa et fit un pas furtif vers la droite pour revenir à des terres plus familières et éviter d'exacerber le courroux des autres convives. Quel gâchis ! Avoir un moment de gloire au bout des doigts et dilapider l'occasion de la sorte ! Tout comme nos leaders. Être à la tête d'un Etat, lui-même au sein d'une Nation et ne pas avoir, en un moment aussi crucial que celui que nous venons de vivre, une colonne vertébrale assez forte pour rester debout, ni assez de véhémence pour dire haut et fort ce que tous les citoyens arabes ont scandé dans les rues ! Finalement, M. Moussa revint gentiment à son siège, obtempérant au doigt et à l'oeil de M. Ban Ki-moon qui lui en fit signe. Tout comme nos chers chefs d'État qui obéissent docilement aux ordres, ne font pas trop de vagues et cherchent avidement l'approbation occidentale.

La tragédie de Gaza a aussi dévoilé que le problème palestinien n'était plus une cause arabe. J'en veux pour preuve qu'aucun des pays faisant partie de la Ligue arabe et ayant une ambassade israélienne n'a osé rompre ses relations diplomatiques avec l'État hébreu. Seule la Mauritanie les a timidement gelées alors que le Qatar a fermé son bureau commercial israélien. Rien de comparable avec le Venezuela ou la Bolivie qui ont expulsé les ambassadeurs hébreux en qualifiant leur État d'« assassin » et de « génocidaire ». On a même vu des foules arabes défiler, non pas avec des photos de leurs leaders, mais avec le portrait de Hugo Chavez. Une chance que la honte ne tue pas, sinon j'en connais au moins 22 qui seraient passés de vie à trépas ! Et que dire de l'Iranien Ahmadinejad, de l'Indonésien Yudhoyono ou du Malaisien Badawi ? Tous sincèrement affligés par le sort des Palestiniens alors que les nôtres gesticulaient, les uns cherchant à faire cavaliers seuls et redorer leurs blasons avec les Américains et les Européens, les autres cherchant en vain un quorum jamais atteint.

Il faut aussi admettre qu'aucun dirigeant arabe ne s'est autant démené que M. Erdogan pour la défense des droits fondamentaux du peuple palestinien, en général, et de celui de Gaza, en particulier. Il n'a pas eu la moindre crainte de se brouiller avec l'Union européenne dont la politique pro-israélienne n'est plus à démontrer. Le journal israélien Haaretz a même affirmé que « le comportement d'Erdogan à Davos peut ruiner les chances de la Turquie de faire partie de l'Union européenne ». L'Histoire retiendra que M. Erdogan a été reçu comme un héros par ses concitoyens. Elle retiendra aussi la valse de M. Moussa, la petitesse des dirigeants arabes et, surtout, l'incommensurable gouffre qui les sépare de leurs peuples. La Ligue, quant à elle, n'a réussi à se réunir ni avant, ni pendant, ni même après les tristes événements de Gaza. Pourquoi se réunirait-elle encore ? Y aurait-il une raison plus importante que celle de Gaza ? Vivement, qu'elle périclite avec son danseur de secrétaire. À quand la danse du ventre, M. Moussa ?

 

Un de mes amis m’a déjà dit que l’élection aux États-Unis était tellement importante pour les autres pays du monde, que tous les citoyens de la planète devraient y participer. Il n’a pas si tort si on considère l’impact de la politique américaine sur le reste du monde et en particulier au Moyen-Orient. Le récent massacre perpétré contre les citoyens de Gaza en est certainement une des multiples facettes.

Obama est-il noir?

Considérée comme l’événement médiatique le plus important depuis le début du siècle, l’élection du président Obama a suscité beaucoup d’engouement, d’espoir et de rêves. Un noir à la maison blanche! Quel pied de nez à l’Histoire. Celle-là même qui nous raconte que la demeure du président des États-Unis tient son nom de la couleur blanche de la peinture qui a été utilisée pour masquer la noirceur des pierres après l’incendie de 1814, ou celle qui nous fait remarquer que ses fondations ont été édifiées par des esclaves noirs.

Mais Obama est-il vraiment noir au sens américain du terme? Pourquoi le fils d’un Kenyan noir et d’une Américaine blanche serait-il noir? À cause de la quantité de mélanine qui lui donne un teint basané, me dira-t-on. Mais Obama n'est pas un descendant du célèbre Kounta Kinté. Plus que ça, du côté de sa mère, il aurait du sang cherokee, français, néerlandais, allemand, belge et irlandais. Néanmoins, la pigmentation de sa peau lui a valu d’être le sauveur de tous les Noirs d’Amérique, voire de la planète entière. Les résultats de son élection sont éloquents à ce sujet. En effet, Obama n’a pas été élu par les Blancs : seuls 43% ont voté pour lui contre 55% pour McCain. Par contre, pour ce qui est des Noirs, 95% d’entre eux lui ont donné leurs voix. Personne n’a parlé de vote ethnique. Imaginez-vous ce qui se serait passé si 95% des Blancs avaient voté pour McCain?

Obama est-il musulman?

Durant la (trop) longue campagne électorale présidentielle, Obama s’est défendu bec et ongles d’avoir une quelconque relation avec l’Islam. Son second prénom, Hussein, a donné des armes à ses adversaires qui ont essayé de faire le parallèle avec feu l’ancien  président d’Irak, as de pique du jeu de carte bushien. Certains l’ont même surnommé "Barack Mohammed Hussein Obama", accentuant la consonance musulmane de son nom en y ajoutant un prénom fictif. Jamais quelqu’un ne s’est soucié de faire un quelconque lien entre son premier prénom et le nom du boucher de Gaza, Ehud Barak, ancien premier ministre et ministre actuel de la défense (ou plutôt du génocide palestinien) de l’État hébreu. La consonance hébraïque est beaucoup moins dérangeante que la musulmane pour un politicien américain. Elle peut même être un atout. La preuve est sur son site (http://www.barackobama.com): aucune mention de son prénom « problématique » n’y est faite alors que Barack figure même dans l’URL de son site.

Le nouveau locataire de la Maison blanche est né à Honolulu (Hawaï) de l’union d’un Kenyan musulman (mais non pratiquant, paraît-il) et d’une Américaine agnostique. Si on s’en tenait uniquement à l’héritage religieux, cela ne fait pas de Barack un enfant musulman, ni chrétien d’ailleurs. Mais après le divorce de ses parents, sa mère épousa en secondes noces un autre musulman, Indonésien cette fois-ci. Barack Obama vécut avec sa famille reconstituée à Djakarta pendant 4 années. Contrairement à ce qu’on peut lire en gras sur son site officiel : « Obama Has Never Been A Muslim, And Is a Committed Christian » (Obama n’a jamais été un musulman et est un chrétien dévoué) [1], certains journalistes  prétendent le contraire [2]. En effet, à Djakarta, il fut inscrit comme musulman dans une école catholique où chaque élève avait le choix des cours de religion : musulmane, hindoue, bouddhiste, catholique ou protestante. Dans son cas, il choisit la religion musulmane qui était celle de son beau-père et il suivit des cours sur cette religion lorsqu’il avait entre 6 à 10 ans d’âge. Ses amis de jeunesse affirment même qu’ils allaient souvent ensemble à la mosquée pour la prière du vendredi [3].

Mais pourquoi vouloir à tout prix effacer toute trace d’islamité pour atteindre la magistrature suprême? Surtout, qu'il est clair que, maintenant, Obama est un chrétien pratiquant (et probablement dévoué). Ce mépris envers l'Islam n’est pas nouveau dans l’histoire des présidents, comme l’illustre si bien celle de Carlos Menem, président de l’Argentine dans les années 90. Fils d’immigrants syriens musulmans sunnites, et lui-même de la confession de ses parents, il se convertit au catholicisme pour arriver à la présidence, conformément à la constitution argentine de l’époque. Sa première épouse, Zulema Fatima Yoma, aussi d’origine syrienne musulmane mais qui a toujours gardé sa religion, l’a accusé de ne s’être converti que par « opportunisme politique » [4].

Selon de nombreux analystes, les différentes « intrusions » islamiques dans la vie politique du président Obama lui ont causé de multiples soucis lors de la campagne présidentielle. Si ce n’était  la dextérité de ses stratèges en matière de communication, la situation aurait été toute autre. Son site « Fight the smears » [5], littéralement « Combattre les diffamations » en est un bon exemple.

Obama est-il un « ami » de l’État hébreu?

Dans le chapitre de la politique étrangère du président Obama consacré à l'État Hébreu [6], le titre est éloquent, voire racoleur : « Barack Obama et Joe Biden : un solide dossier de support à la sécurité, la paix et la prospérité d’Israël ». Parmi les actions de la nouvelle présidence, on peut lire : assurer un solide partenariat USA-Israël, soutenir le droit à l’autodéfense d’Israël et soutenir une assistance étrangère à Israël. Dans les détails du dernier point, on peut lire que le président Obama et son adjoint s’engagent à toujours fournir l’aide annuelle dans le domaine militaire et l’assistance économique à Israël. Ils recommandent fortement l’augmentation des budgets et appellent à poursuivre la coopération avec Israël dans le développement des missiles de défense.

Dans une contre-attaque aux insinuations sur ses relations avec Rashid Khalidi, un historien d'origine palestinienne, le président Obama déclare sans ambages qu’« il appuie fortement les relations USA-Israël et qu’il croit que le premier et indéniable engagement dans le Moyen-Orient doit être la sécurité d’Israël, le plus grand allié des USA » [7].

Parmi les quelques pays visités par  le successeur de G.W. Bush figurait, bien sûr, l’État hébreu où il affirma que Jérusalem restera la capitale indivisible d’Israël. Cette déclaration est étonnante dans la mesure où elle fait fi  de la résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui condamne la décision d’Israël de proclamer Jérusalem « une et indivisible » comme la capitale de l'État d'Israël. Elle implique aussi que l’État sioniste n'est pas tenu de revenir aux frontières de 1967 [8].

D’autre part, la nomination d’Hillary Clinton au poste de Secrétaire d’État plaide aussi en faveur de cet appui inconditionnel pour Israël. Cette dernière avait déclaré en février 2008, lors d’une réunion de l'AIPAC (Lobby américain pro-Israël) : « Israël est le phare de ce qui est juste dans la région, dans un voisinage assombri par le mal du radicalisme, de l'extrémisme, du despotisme et du terrorisme » [9].

Obama est-il un super héros?

Ce n'est pas une blague : les éditions Marvel, qui publient les aventures de Spiderman, ont décidé de téléporter Barack Obama dans le monde des bandes dessinées où il partage les aventures de son héros arachnéen. Mais trêve de plaisanteries : Obama sera-t-il capable de régler les problèmes de ses concitoyens? Crise financière sans précédent, faillites à répétitions, chômage grandissant, et j'en passe. Ses électeurs de couleur qui ont vu en lui un sauveur pourront-il toujours croire à ses dons supranaturels pour les sortir de la condition désastreuse dans laquelle ils se trouvent? Car l’élection de Barack Obama ne doit pas masquer les chiffres alarmants de la condition des Noirs aux USA.

Sur le plan sanitaire, les récentes statistiques sur le sujet montrent que la situation des Noirs est préoccupante comparativement à celle des Blancs : 3 fois plus de mortalité infantile, 9 fois plus de mortalité liée au SIDA, 7 fois plus de mortalité liée aux homicides [10]. Sur le plan de l’emploi, le taux de chômage est en général le double de celui des Blancs. Sur le plan carcéral, les chiffres sont éloquents : en 2005, le nombre des hommes noirs emprisonnés était 6 fois plus élevé que celui des hommes blancs et la population carcérale des USA était constituée à 40% de Noirs [11]. Même pour Spiderman, le contrat serait difficile à remplir.

En guise de conclusion, il faut croire que le président Barack Obama, même s’il est considéré comme Noir, il ne l’est pas tout à fait; même s’il est considéré comme chrétien, il ne l’est pas tout à fait; même s’il est considéré comme un super héros, l’avenir nous dira s’il l’est, au moins un peu. La seule certitude vient de sa position dans le dossier du Moyen-Orient. Elle ressemble à celle de tous les présidents qui l’ont précédé: un allié historique et indéfectible d’Israël.

En ce qui me concerne, « I have a dream ». Celui de voir un jour, à la Maison Blanche, un président, quelle que soit sa couleur, plaider en faveur de la justesse de la cause palestinienne.

À la prochaine élection, alors.



 

Références :

1. Obama-Biden. (Page consultée le 17 janvier 2009).  Obama Has Never Been A Muslim, And Is a Commette Christian, [En Ligne]. Adresse URL:  http://www.barackobama.com/factcheck/2007/11/12/obama_has_never_been_a_muslim_1.php

2. Paul Watson. (Page consultée le 18 janvier 2009).  Islam an unknown factor in Obama bid; Campaign downplays his connection during boyhood in Indonesia, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.baltimoresun.com/news/nation/bal-te.obama16mar16,0,1634059,print.story?coll=bal_news_nation_promo

3. Daniel Pipes. (Page consultée le 18 janvier 2009).  Was Barack Obama a Muslim?, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.danielpipes.org/article/5286

4. Shirley Christian. (Page consultée le 16 janvier 2009).  Argentine, Aiming to Please, Runs as a Peron for the 90's, [En Ligne]. Adresse URL: http://query.nytimes.com/gst/fullpage.html?res=950DE4D9113FF93BA35752C0A96F948260&sec=&spon=&pagewanted=2

5.  The Smears. (Page consultée le 16 janvier 2009). Learn the Truth About Barack Obama, [En Ligne]. Adresse URL: http://fightthesmears.com/

6. Document téléchargeable à partir de l’adresse URL: http://origin.barackobama.com/issues/foreign_policy/#onisrael

7.  The Smears. (Page consultée le 16 janvier 2009). The Truth about Barack Obama and Rashid Khalidi, [En Ligne]. Adresse URL: http://fightthesmears.com/articles/24/KhalidiSmear

8. France 24. (Page consultée le 18 janvier 2009). Obama réaffirme que Jérusalem sera la capitale d'Israël, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.france24.com/fr/20080723-barack-obama-a-sderot-etats-unis-israel-livni

9. Pepe Escobar. (Page consultée le 17 janvier 2009). And the winner is ... the Israel lobby, [En Ligne]. Adresse URL: http://atimes.com/atimes/Middle_East/JF03Ak01.html

10. Document téléchargeable à partir de l’adresse URL: http://ambafrance-us.org/spip.php?article860

11.  Evina. (Page consultée le 18 janvier 2009). États-Unis : les Noirs courent toujours après le rêve américain, [En Ligne]. Adresse URL: http://journalchretien.net/article15801.html



Cet article a été publié dans les colonne du Quotidien d'Oran, le 20 janvier 2009

Il a aussi été publié sur les sites suivants:


 

J'ai honte d'être Arabe et de constater une fois de plus que la déliquescence de notre arabité a atteint des abîmes insoupçonnables. Cette arabité dépravée qui vivote au sein d'une Ligue de 22 pays qui se sont ligués les uns contre les autres et qui n'arrivent ni à ouvrir une pitoyable frontière, ni à faire cesser les pluies de phosphore blanc et dont les dirigeants se sont cloîtrés dans un mutisme complice, alors que le décompte macabre des victimes de Gaza ne cesse de s'égrener inexorablement et d'alourdir nos peines. Des dirigeants serviles qui devraient prendre de la graine sur le président Chavez qui, ni Arabe, ni musulman, ni Africain, ni lavette, a expulsé l'ambassadeur de l'État hébreu en fustigeant l'offensive sur Gaza comme il l'avait fait en 2006 lors de l'ignoble agression sur le Liban. Qu'attendez-vous Égypte, Jordanie et Mauritanie ? Avez-vous peur qu'on vous coupe les vivres?

J'ai honte que le monde musulman auquel j'appartiens soit une nation dont les droits et les croyances sont régulièrement traînés dans la gadoue, et qui n'a trouvé que des prières et des slogans à offrir contre les DIME (Dense Inert Metal Explosive) qui déchiquètent nos frères et soeurs en direct, sur tous les écrans du monde, les transformant à dessein en cobayes humains. 1,2 milliard de musulmans impuissants devant la détresse, le malheur et l'appel au secours de leurs coreligionnaires injustement massacrés.

J'ai honte d'avoir toujours enseigné à mes élèves que la justice, la solidarité et la démocratie étaient des gages de la fraternité et de l'égalité entre les peuples. J'aurais dû, bien au contraire, paraphraser La Fontaine et leur expliquer que la raison du plus fort est toujours la meilleure, que c'est l'injustice qui mène le monde, que les êtres humains ne sont pas égaux, que la vie de ceux qui ont des armes et de l'argent est plus importante que celle des moins nantis, ceux qui n'ont rien pour se défendre, ceux qui n'ont que la mort à offrir en échange.

J'ai honte d'avoir longtemps cru que l'ONU était un Etat suprême qui garantissait les droits de tous ses pays membres et que son rôle était de régler les conflits, de protéger le faible et de jeter la pierre au méchant. Il s'avère que cette organisation est un vulgaire machin (comme l'a si bien dit un homme d'État français), une institution sclérosée qui n'a pour mission que de pondre, de peine et de misère, des résolutions qui ne sont, de toute façon, jamais respectées par l'État hébreu. Et que dire du TPI ? Dixit Patrick Besson dans Le Point : «L'opération «Plomb durci» de Tsahal dans la bande de Gaza ? Heureusement que les Israéliens ne sont pas Serbes, sinon Tzipi Livni et Ehoud Olmert seraient en route pour le Tribunal international de La Haye». Mais, mon cher, ces deux là ne sont pas Serbes et encore moins Rwandais !

J'ai honte d'être citoyen d'un des plus merveilleux pays de la planète, en l'occurrence le Canada, précurseur des missions de la paix à travers le monde, et qui, maintenant, se fourvoie dans une politique de soutien inconditionnel à un Etat voyou qui se targue d'être la seule démocratie du Moyen-Orient et qui trucide hommes, femmes et enfants sans distinction. Le Canada qui a été un des plus grands pourvoyeurs de Casques Bleus de l'ONU dans de nombreux conflits militaires et qui, maintenant, est le SEUL pays qui vote contre une résolution du Conseil des Droits de l'Homme des Nations unies (UNHRC) qui « condamne vigoureusement l'opération israélienne » dans la bande de Gaza!

J'ai honte d'avoir pensé que les médias occidentaux étaient des chantres de la liberté d'expression, des ténors de l'analyse objective et des défenseurs de la vérité. Il s'avère que leur langue est faite d'un bois aussi noir que l'ébène et aussi dur que le bois pétrifié. Eux, qui se pensent gardiens de l'éthique journalistique, transforment la victime en bourreau et le bourreau en ange qui donnent une leçon aux Palestiniens qui ont osé troubler le sommeil des habitants de Sderot et les empêcher d'aller faire une marche avec leurs enfants dans le parc (JT de France 2, 30 octobre 2008). Savez-vous au moins que Sderot a été construite sur les cendres de la ville palestinienne de Najd rasée par les sionistes en 1948 ?

J'ai honte d'avoir, il y a plusieurs années, payé un billet pour écouter Enrico Macias, cet individu qui se pense plus Algérien que les Algériens et qui a été un des premiers à manifester pour que le génocide de Gaza se poursuive. Avez-vous perdu la raison, monsieur le troubadour pied-noir ? Avez-vous oublié les paroles du « Grand pardon » ? Ou alors ce n'est que l'appât du gain qui vous fait chanter ce que vous ne pensez pas ? Et dire que c'est vous qui chantiez « Enfants de tous pays, tendez vos mains meurtries, semez l'amour et puis donnez la vie » ? Les enfants de Gaza tendent leurs mains meurtries vers le ciel, et celles de l'État sioniste sèment la haine et donne la mort.

J'ai honte d'être un être humain et de me voir contraint de partager un bagage génétique avec les bourreaux de Gaza, d'avoir les mêmes chromosomes que ces génocidaires irresponsables qui ont oublié leur propre histoire.Et puis, en y pensant bien, les êtres capables de telles barbaries sont-ils vraiment humains ?

 


Cet article a été publié le 18 janvier 2009 par le "Quotidien d'Oran" (p.8)

Consultation de l'article sur le site du journal:

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5114122


 

 

"Tears of Gaza" (Les larmes de Gaza)

Un film de Vibeke Løkkeberg

 

Cliquez sur l'affiche pour visionner le film

 

Film émouvant sur les atrocités commises par les Israéliens lors du massacre de Gaza. À la 39e minute, il y est question de la famille Abou Halima à laquelle j'ai consacré tout un article en décembre 2009.

http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=77:lettre-a-ghada-derniere-victime-du-plomb-durci&catid=37:societe&Itemid=75

 

 

Note :

Vibeke Løkkeberg est née en Norvège. Elle est actrice, réalisatrice, scénariste et écrivaine. Elle a réalisé plusieurs longs métrages dont The Revelation (1977), Betrayal (1981), Hud (1986), projecté à la section "Un Certain Regard" au festival de Cannes, Måker (1991), Der gudene er døde (1993), et Tears of Gaza (2010).

Vibeke Løkkeberg was born in Norway. She is an actor, director, screenwriter and author. She has directed several features, including The Revelation (1977), Betrayal (1981), Hud (1986), which screened in the Un Certain Regard section at the Cannes Film Festival, Måker (1991), Der gudene er døde (1993), and Tears of Gaza (2010).

 

Les démocraties occidentales ont érigé la liberté d’expression en dogme absolu sur laquelle elles assoient les bases de sociétés égalitaires et progressistes. A ce sujet, N. Chomsky et R. W. McChesney expliquent qu’une démocratie, pour bien fonctionner, doit répondre à trois critères essentiels : l’absence de disparités marquées de la richesse de la société, l’existence d’un fort sentiment d’appartenance des citoyens à la communauté et la présence d’un système de communications efficace qui informe et mobilise l’ensemble des citoyens et les amène à participer réellement à la vie politique. Ces trois critères étant indissociables, la structure des médias, leur contrôle et leur financement sont d’une importance capitale pour les sociétés démocratiques [1]. En outre, une vraie démocratie suppose un respect de ses minorités et son droit à l’expression. Ce droit est si important que l’Union Européenne en a fait une condition d’adhésion sine qua non pour les nouveaux membres. On peut lire, d’autre part, sur le site du Conseil de Presse du Québec que des plaintes peuvent être déposées contre les médias pour de nombreux motifs dont : la pondération de l’information (sensationnalisme, insistance indue), le respect des groupes sociaux, l’équilibre et l’exhaustivité de l’information ou même l’impartialité de l’information [2].

Mais qu’en est-il réellement de la visibilité des minorités dans les médias occidentaux? Elle est malheureusement trop souvent dictée par le sensationnalisme et la recherche d’une audience facile. Elle exacerbe un repli identitaire de la majorité derrière les suffixes « nous-autres » et « de souche » hermétiques et réducteurs qui n’ont pour effet que d’ostraciser les minorités et d’augmenter les taux d’écoute et les tirages.

À ce sujet, l’actualité récente foisonne d’exemples divers : la chasse aux roumains en Italie, la « guerre » contre le voile islamique en France, l’affaire des caricatures au Danemark ou le cirque médiatique provoqué par l’affaire des accommodements raisonnables au Québec.

Ce qu’il y a d’étonnant dans ce phénomène, c’est sa relative similitude dans tous les pays occidentaux, malgré des lois et des règles d’éthique au demeurant très vertueuses.

Malheureusement, l’application de ces règlements en faveur des minorités reste au stade de voeu pieux et se heurte toujours au sacro-saint mais ô combien fallacieux principe de liberté d’expression. Cette locution a été, ces derniers temps, trop souvent brandie pour stigmatiser l’autre, le minoritaire, l’immigrant, celui qui n’est pas « de souche ». Cela est surtout vrai pour les communautés musulmanes qui, de l’avis de plusieurs bien-pensants occidentaux, dérangent le plus. L’islam n’est-il pas, d’après eux, une religion rétrograde qui est incompatible avec la démocratie, voile les femmes et empêche tout progrès social?

N’a-t-on pas vu, en France, un problème aussi général que celui des signes religieux ostentatoires ne se réduire qu’à un simple problème du voile islamique? Les multiples débats télévisés sur les accommodements raisonnables au Québec ne se sont-ils pas implicitement attaqués à l’Islam et son incongruité avec une société moderne?

Jamais la « littérature » mondiale n’a vu, en un laps de temps aussi court, autant de livres ayant pour sujet la maltraitance de la femme musulmane : Le voile de la peur (Assia Shariff, Algérie), Défigurée (Rania Al-Baz, Arabie Saoudite), Brûlée vive (Souad, Palestine) ; Mariée de force (Leila, Maroc) ; La femme lapidée de (Freidoune Sahebjam, Iran) ; Visage volé (Latifa, Afghanistan), Vendues ( Zana Muhsen, Yémen), Déshonorée (Mukhtar Mai, Pakistan); Bas les voiles ! (Chahdortt Djavann, Iran), Dans l’enfer des tournantes (Samira Bellil, Algérie) , Née en France. (Aicha Benaïssa, Algérie). Et cette liste d’ouvrages qui ornent les devantures des librairies occidentales est loin d’être exhaustive.

On n’est plus du tout dans le temps de l’américaine Betty Mahmoody qui, avec son livre « Jamais sans ma fille », a lancé le bal de ce genre de littérature féminine. Maintenant, les titres sont cinglants et racoleurs: les femmes musulmanes sont voilées, mariées de force, brûlées, défigurées, déshonorées, violées et, finalement, lapidées. Chose étrange pourtant : comment se fait-il que des sociétés musulmanes aussi rétrogrades puissent enfanter autant de talents littéraires féminins alors que les femmes n’y ont aucun droit ni aucune éducation? Ou alors servent-elles de prête-noms à des auteurs qui ont trouvé une mine d’or dans ce genre littéraire?

Il est vrai que les occidentaux sont friands de ces histoires exotiques de "femmes malmenées par les traditions d’une époque révolue". Pour vous convaincre de la véracité de mes propos, voici les péripéties d’une expérience éloquente à ce sujet.

Sidéré par l’ampleur du brouhaha médiatique généré par les désormais tristement célèbres accommodements raisonnables au Québec, j’ai décidé d’écrire, en janvier 2007, une longue lettre au quotidien montréalais La Presse où j’exposais mes idées : les idées d’un honnête ex-immigrant arabo-musulman qui vit au Québec depuis plus de 18 ans, docteur en physique, fier de ses racines et de sa culture mais exaspéré par les propos xénophobes des médias québécois. Il est vrai que les points soulevés dans ma lettre n’allaient pas dans le sens de ce que pense la plupart des Québécois, mais j’ai voulu attirer l’attention sur le fait que la majorité des immigrants sont des personnes qui contribuent à l’essor du Québec à divers niveaux et que la tournure médiatique du débat n’avait pour effet que d’exacerber l’intolérance ethnique. Quelle ne fût ma surprise lorsque j’appris que mon texte ne serait pas publié.

C’est à ce moment que j’ai eu l’idée de tester le système de publication de cette vénérable institution. Mon hypothèse était la suivante : si mes idées allaient dans le sens de ce que voulait entendre les faiseurs d’opinion, est ce que ma lettre serait publiée?

J’ai donc inventé un être fictif qui possède les mêmes initiales que moi : Assia Benkaddaba, une femme arabo-musulmane qui a été traumatisée, dans son pays, par des islamistes et qui avait une profonde aversion pour toute barbe ou voile. Un personnage qui aurait pu aisément sortir d’un des livres cités auparavant. Madame Benkaddaba avait fui son pays pour se réfugier au Québec, Terre de liberté et des Droits humains et s’étonnait de voir les immigrants demander de quelconques droits et semer la zizanie dans une province si accueillante. Vous devinez la suite? Le texte a été accepté pour publication en moins d’une heure après sa soumission par courriel. Une aubaine pour un texte écrit en quelques minutes!

Peut-on parler de liberté d’expression ou plutôt de liberté d’expression conditionnelle?

J’ai évidemment déposé une plainte au Conseil de presse du Québec pour dénoncer les agissements partiaux de ce journal, plainte qui a été acceptée non sans peine. Dans un premier jugement le Conseil ne m’a pas donné raison, arguant que tout journal a le droit de publier les articles qu’il désire [3]. J’ai bien entendu interjeté appel de cette décision qui faisait fi des principes de base de la déontologie et des motifs de plaintes listés au début de ce texte et prônés par ce même Conseil.

Citons quelques autres exemples ou la liberté d’expression est conditionnelle.

En 2005, la Conférence des évêques de France a saisi le Tribunal de Grande Instance de Paris pour interdire l’affichage d’une publicité parodiant le célèbre tableau « La Cène » de Léonard de Vinci pour motifs blasphématoires contre les Chrétiens. Le juge ordonna le retrait de l’affiche en question car « l’injure ainsi faite aux catholiques apparaît disproportionnée au but mercantile recherché ». En 2007, des organisations islamiques ont poursuivi, devant le même tribunal, le magazine Charlie Hebdo pour « injures publiques envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion » à cause de la publication de caricatures désobligeantes sur le prophète Mohamed (QSSSL). Comme par hasard, le même juge (M. Jean-Claude Magendi) qui a donné raison à la Conférence des évêques de France a rejeté les demandes des associations musulmanes en précisant que « dans une société laïque et pluraliste, le respect de toutes les croyances va de pair avec la liberté de critiquer les religions, quelles qu’elles soient » [4].

En 2004, l’AGRIF, une organisation catholique française d’extrême-droite a eu gain de cause dans sa poursuite contre une association de lutte contre le SIDA. Elle s’était sentie injuriée par une campagne de promotion utilisant le slogan «Sainte-Capote, protège-nous». Dans son brûlot révoltant, Oriana Fallaci [5] traîna les musulmans dans la boue. Si le mot musulman y était remplacé par le mot juif, non seulement le livre ne serait jamais paru, mais l’auteur aurait certainement passé le restant de ses jours derrière les barreaux. Bien que poursuivie par trois associations antiracistes en 2002, la journaliste italienne a été acquittée: le procès a été annulé pour vice de procédure et le livre est toujours en vente.À croire qu’au nom de la même liberté d’expression, les Chrétiens, personnes éminemment sensibles, peuvent s’offusquer d’un relookage moderne d’un chef-d’oeuvre du 15e siècle ou de la sanctification d’un préservatif, mais que les Musulmans doivent accepter que leur prophète soit représenté avec une bombe sur la tête ou que leur religion soit souillée par le fiel d’une journaliste islamophobe. Ces quelques exemples nous montrent que la liberté d’expression de la majorité se fait souvent au détriment des droits fondamentaux des minorités, surtout la musulmane.

Pourtant de nombreuses chartes comme celle du Conseil de l’Europe stipulent que « le respect des droits des minorités et des personnes qui en font partie est un facteur essentiel de paix, de justice, de stabilité et de démocratie» [6].

Une dernière prière pour que ces recommandations ne restent de vains mots: «Saint-Média, protège-nous!»

 



Références:

 

1. Noam CHOMSKY et Robert MC CHESNEY, Propagande, médias et démocratie, éd. Ecosociété, Montréal, 2004, 200 p.

 

2. Conseil de presse du Québec. (Page consultée le 30 décembre 2007). Le processus de plainte, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.conseildepresse.qc.ca/index.php?option= com_content&task=view&lang=&id=231&Itemid=149

 

3. Conseil de presse du Québec. (Page consultée le 1er janvier 2008). Les décisions rendues par le conseil, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.conseildepresse.qc.ca/index.php?&option= com_content&task=blogcategory&id=33&Itemid=155&did=1588

 

4. Libération.fr. (Page consultée le 2 janvier 2008). Procès Charlie: les caricatures de Mahomet relaxées, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.liberation.fr/actualite/s.../242804.FR.php

 

5. Fallaci, Oriana. La rage et l’orgueil, Paris, Plon, 2002, 195 p.

 

6. Conseil de l’Europe. (Page consultée le 2 janvier 2008). Recommandations relatives aux droits des minorités, [En Ligne]. Adresse URL: http://assembly.coe.int/Documents/Ad...0/frec1134.htm

Tous les articles

Orient/Occident