Orient Occident

Qui ne se souvient pas du célèbre roman de Margaret Mitchell « Autant en emporte le vent » porté à l’écran en 1939. Esthétiquement admirable, cette œuvre relate, sur fond de guerre de Sécession, l’écroulement d’un mode vie et des « valeurs » prônées par un Sud blanc, raciste et esclavagiste.


J’avais décidé de ne pas mettre les pieds dans le pays de l’oncle Sam tant que Bush fils était au pouvoir. Non pas que je trouve la politique étrangère d’Obama différente de celle de son prédécesseur [1], mais disons que je préfère son discours du Caire, malgré son évidente démagogie, à tous les dégâts provoqués par les deux mandats du président-prédicateur qui a, bien malgré lui, popularisé le lancer de chaussures.

Ainsi, je me suis récemment retrouvé en train de flâner dans les rues de Manhattan, jouant du coude dans certains endroits pour me frayer un chemin au milieu d’une foule dense, bariolée et cosmopolite. Comme il se doit lors d’une visite de la « Big Apple », je me rendis, entre chien et loup, à Times Square. Situé entre la 42e rue et Broadway, cet endroit couru par tous propose un condensé de tout ce que les États-Unis peuvent produire comme stimuli pour les yeux. Écrans géants, enseignes lumineuses, films interactifs et j’en passe. De toute part, on est assailli par une publicité tapageuse, aguichante et intrusive. Entre l’extravagante boutique M&M’s, le surprenant écran qui photographie la foule, l’annonce du remake du « dîner de cons » et de celle d’une multitude de produits de consommation, il y avait vraiment de quoi avoir le tournis. Mais c’est en levant la tête que ma surprise fut la plus grande. Là-haut, entre une affiche de « Levis’s » et de « Guess », juste au-dessus d’une autre vantant les mérites du « Canada Dry », un visage accrocha mon regard. De profil, la barbe courte et grisonnante, l’air ténébreux, les pattes-d’oie bien marquées, le personnage trônait au milieu de vulgaires objets, symboles d’un mercantilisme exacerbé.

Je ne pouvais pas me tromper, il s’agissait bien du président iranien Ahmadinejad. Mais que faisait-il en cet endroit insolite? Servait-il de top-modèle pour une marque quelconque? Était-ce une annonce pour une prochaine  visite officielle? La lecture du message accompagnant l’effigie du président iranien ne laissait aucun doute : il s’agissait d’un message politique et non commercial ou de bienvenue. Bien au contraire, on pouvait lire, en grandes lettres, sur fond rouge: « He’s not welcome here » (Il n’est pas bienvenu ici). Aucune mention de son nom, ni de sa fonction sur cette affiche géante.

 

 

 

De plus, le message insinuait que les passants avaient leur rôle à jouer dans l’opposition à la venue d’Ahmadinejad en terre étasunienne. Information prise, il s’avère qu’il s’agissait d’une affiche faisant partie d’une campagne, lancée en mai dernier, qui visait à obliger les hôtels new-yorkais de refuser l’hébergement au président iranien lors de son passage à New York pour participer à la conférence de l’ONU sur la non-prolifération nucléaire. Cette campagne n’est pas terminée puisqu’elle s’échine, actuellement, à contraindre le Hilton Manhattan East à ne pas héberger Ahmadinejad et ses collaborateurs durant son séjour en septembre prochain en vue de sa participation à l’Assemblée générale de l’ONU. Sachant que 365 000 personnes par jour passent en moyenne par Times Square, cette publicité a  sûrement un impact non négligeable sur l’opinion publique. Bien en vue sur l’affiche, la campagne anti-Ahmadinejad est signée par un organisme nommé UANI, « United Against Nuclear Iran » (Unis contre le nucléaire iranien) [2]. Une visite sur leur site Web se révéla très instructive sur les personnalités qui tirent les ficelles de cet organisme.

 

Ahmadinejad à Times Square
(Cliquez sur l'image pour visionner la vidéo)

 

UANI a été fondé en 2008 par Dennis Ross, Richard Holbrooke, Mark Wallace et James Woolsey pour servir de lobby afin d’influencer la politique américaine à mener contre l’Iran [3].  Les deux premières personnes ne font plus partie d’UANI car elles ont été nommées par l’administration Obama à des postes clés. Tout d’abord, le 23 février 2009, Dennis Ross a obtenu le poste de Conseiller Spécial pour le Golfe et l'Asie du Sud-ouest (incluant l’Iran) auprès de la Secrétaire d'État Hillary Clinton [4].  Le 25 juin suivant, il quitta le Département d’État pour se joindre à l’équipe de la Maison Blanche chargée de la Sécurité Nationale et occuper le poste d’assistant spécial du président Obama et de directeur senior pour le Moyen-Orient, le Golfe Persique, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Asie du Sud [5].  Ross, qui a soutenu l’invasion de l’Irak, est un membre influant du lobby juif américain (AIPAC). Supporter inconditionnel de l’État hébreu, il est surnommé l’avocat d’Israël. Concernant l’Iran, il a toujours été en faveur d’une ligne dure. Il est, entre autres, coauteur d’un rapport préparé avec un groupe de travail présidentiel intitulé « Strengthening the Partnership : How to Deepen U.S.-Israel Cooperation on the Iranian Nuclear Challenge » (Renforcer le partenariat : comment approfondir la coopération entre les États-Unis et Israël sur le défi nucléaire iranien). C’est probablement pour le remercier de son appui auprès de la communauté juive américaine lors de la campagne présidentielle de 2008 qu’Obama le nomma à ce poste [6].

D’autre part, le 22 janvier 2009, Richard Holbrooke a été officiellement nommé envoyé spécial pour l'Afghanistan et le Pakistan par Barack Obama [7]. Ambassadeur des États-Unis auprès des Nations Unies de 1999 à 2001, il est partisan de la fermeté envers l’Iran. Il a d'ailleurs fait partie du groupe de travail présidentiel, avec Dennis Ross, qui a rédigé le rapport cité précédemment.

En plus des deux fondateurs, un autre membre d’UANI a été promu à un poste d’importance. Il s’agit de Gary Samore qui, depuis janvier 2009, est assistant du président Obama et Coordinateur de la Maison Blanche pour le contrôle des armes de destruction massive, leur prolifération et  le terrorisme. De 2001 à 2005, il a été directeur d’études à l’« International Institute for Strategic Studies » (IISS). C’est cet institut qui, en 2002, « estimait que le régime de Bagdad n'était pas en mesure de développer rapidement l'arme nucléaire mais que ses capacités en matière d'armement chimique et biologique demeuraient ». Le 9 septembre 2002, Gary Samore déclarait à CNN qu’ « il vaut mieux agir militairement contre l'Irak tant que ses capacités sont encore éloignées de ses objectifs que d'attendre qu'il soit doté de l'arme nucléaire » [8].

Ce n’est pas tout. Des 17 membres du comité consultatif d’UANI, la plupart sont des proches de Bush junior ou du lobby juif américain. Ainsi le président d’UANI, Mark D. Wallace a été un élément actif dans la campagne électorale 2004 de George W. Bush. Un autre membre, Alan Solow, est chairman de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines. Il est, entre autres, président du « Jewish Community Centers Association », vice-président de la « World Confederation of Jewish Community Centers » et  directeur de la « Jewish Community Centers of Metropolitan Chicago ». Frances Fragos Townsend a été l’assistante de George W. Bush pour la sécurité et l’antiterrorisme et présida le « Security council » de mai 2004 à janvier 2008.

Il serait fastidieux d’énumérer en détails les fonctions des autres personnalités d’UANI. Il est cependant important de noter qu’environ la moitié des membres restants ont servi de manière directe ou indirecte dans l’administration Bush fils.

Il est clair qu’UANI est un nid de « faucons » anti-iraniens qui ont déjà fait leur preuve lors du règne de George W. Bush et qui ont été les artisans de l’invasion de l’Irak en usant d’arguments fallacieux. Le plus inquiétant, actuellement, vient du fait que, dans le dossier iranien, le président Obama s’est entouré des plus belliqueux d’entre eux.

Va-t-on assister à un autre épisode de la guerre du Golfe? L’Iran subira-t-il le même sort que l’Irak? Les installations nucléaires iraniennes seront-elles bombardées par Israël, comme ce fut le cas pour l’Irak, sous l’aile protectrice des États-Unis et de l’AIPAC? J’ose croire que les bourbiers irakien et afghan sauront les décourager.

Mais pourquoi diable ai-je levé la tête à Times Square? N’aurais-je pas dû me contenter de l’extravagante boutique M&M’s et du surprenant écran qui photographie la foule?

 

Cliquez ici pour effectuer une visite virtuelle de Times Square

 


 

Références

  1. Ahmed Bensaada. (Page consultée le 9 août 2010). Mais qui est donc Barack Hussein Obama ?, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5114229

  2. UANI. (Page consultée le 10 août 2010). United Against Nuclear Iran, [En Ligne]. Adresse URL:  http://www.unitedagainstnucleariran.com/

  3. International Accounting Bulletin. (Page consultée le 10 août 2010). KPMG departure sends out a key message: UANI, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.vrl-financial-news.com/accounting/intl-accounting-bulletin/issues/iab-2010/iab-464-465/iran-exodus-politics-strikes/kpmg-departure-sends-out-a-key.aspx?page=14779

  4. U.S.  Department of State (Page consultée le 9 août 2010). Appointment of Dennis Ross as Special Advisor for The Gulf and Southwest Asia, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.state.gov/r/pa/prs/ps/2009/02/119495.htm

  5. The Washington Post. (Page consultée le 11 août 2010). Dennis Ross Is Moved From State Department Post to White House, [En Ligne]. Adresse URL: http://voices.washingtonpost.com/44/2009/06/15/dennis_ross_is_moved_from_stat.html

  6. Bakchich Info. (Page consultée le 10 août 2010). Obama voit la vie en Ross, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.bakchich.info/Obama-voit-la-vie-en-Ross,08599.html

  7. U.S.  Department of State (Page consultée le 9 août 2010). Biography of Richard C. Holbrooke, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.state.gov/r/pa/ei/biog/129337.htm

  8. IRIS. (Page consultée le 11 août 2010). Armes irakiennes : l'embarras des spécialistes du désarmement, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.iris-france.org/Citations-2003-07-17.php3



 

Cet article a été publié le 15 août 2010 dans les colonnes du journal "Le Quotidien d'Oran"

Format pdf en ligne (Calaméo)


 

 

Informations complémentaires

 

Cliquez sur la photo de la personne pour accéder à sa biographie (UANI)

Président d'UANI
Ambassador Mark D. Wallace

 

Comité consultatif d'UANI

Fouad Ajami Jack David Dr. Leslie Gelb Walter Russell Mead

R. James Woolsey Henry Sokolski Kristen Silverberg Irwin Cotler

Jackie Wolcott Alan Solow Mike Gerson Mark Salter

Craig Dunkerley Frances Fragos Townsend Amy Westbrook gary milhollin

 

Membres d'UANI ayant des fonctions dans l'administration Obama.

Cofondateurs

Ambassador Richard C. Holbrooke Ambassador Dennis Ross

Ancien membre du comité consultatif d'UANI

Gary Samore

 

Photos et informations: UANI.com

 

 


 

Édifiant: Fouad Ajami (voir photo plus haut) décrit les raisons réelles de la guerre d'Irak:

audio

 

 

 

 

Ghada Riad Rajab Abou Halima est la dernière victime du génocide israélien contre Gaza pendant l’opération « Plomb durci ». Brûlée au phosphore blanc le 4 janvier 2009, elle ne mourut que le 29 mars 2009, soit onze semaines plus tard, dans un hôpital égyptien où elle était soignée. Elle trépassa à 21 ans, suivant les sept membres de sa famille qui ont trouvé la mort le jour même de l'attaque.

 

Ghada (21 ans) avait 43% de la surface de son corps brûlé par le phosphore blanc, avant de décéder des suites de ces brûlures.

http://www.sodahead.com/world-news/if-this-is-israels-peacewhat-are-we-to-say-of-her-wars/blog-168369/?link=ibaf

 


Ma chère Ghada,

Cela fait une année que les disciples de Bengourion, aux cœurs plus durcis que le nom de baptême de leur opération  mortifère, ont lancé leur arsenal sur la population de Gaza.

Ils ont fait leurs classes avec Deir Yassin et Sabra et Chatila. Mais à Gaza, ils sont passés à une autre ère, celle de l’expérimentation à grande échelle d’armes de destruction hautement perfectionnées. Et ils ont réussi dans leur sale besogne : 1417 tués, dont 926 civils (313 enfants et 116 femmes) [1]. Phosphore blanc, DIME, GBU-39, rien de l'attirail du parfait exterminateur moderne n’a été oublié.

C’est ce phosphore blanc qui a brûlé ta chair et celle de ta fille Farah. Cette invention de Satan a calciné ton beau-père Saadallah et ses enfants Aberrahim, Zeyd et Hamza ainsi que sa petite fille Shahd qui n’avait pas encore vécu son deuxième printemps.

Ce sont ces DIME  (Dense Inert Metal Explosive) qui ont effaré des chirurgiens aussi chevronnés que le Norvégien Mads Gilbert ou l’Allemand Jan Brommundt qui a déclaré: « Quand on commence à opérer, tout semble en ordre... Mais ensuite on découvre des dizaines de minuscules particules dans tous leurs organes. On dirait qu’un certain type d’explosif ou d’obus les a dispersées partout, et ces blessures miniatures, impossible de les opérer » [2].

Ce sont ces GBU-39, capables de transpercer des murs de béton armé de 90 cm, qui ont non seulement disloqué les bâtiments, mais ont pollué l’air ambiant et le sol. En avril 2009, quelques jours après ta mort, une commission composée de spécialistes a analysé des échantillons de la terre de Gaza. Elle y a trouvé des substances radioactives comme l’uranium appauvri, le césium et l’oxyde de thorium. Toutes ces substances qui ont contaminé l’environnement pour des siècles sont cancérigènes et hautement toxiques [3].

Comme tu vois, même la Terre n'a pas été épargnée. Ni la Nature, d’ailleurs. Les oliviers ont été arrachés, les cultures détruites et les champs dévastés par les chars comme si la haine de l'autre, ayant atteint son paroxysme, s’était métamorphosée en une folie destructrice barbare et animale. Même la ferme de l’oncle Sameh, qui fournissait des œufs et de la volaille à toute la population de Gaza a été saccagée et ses milliers de poulets ont été ensevelis [4].

Cela fait une année que les disciples de Moshé Dayan, aux cœurs plus durcis que l’acier qui a servi à fabriquer leurs bombes, nous ont attaqué et rien n’a changé à Gaza. Désolation, déception, désillusion. Sais-tu qu’Israël a décidé d’élargir de 300 mètres la « zone-tampon » qui entoure la bande de Gaza? De nombreux fermiers palestiniens ont ainsi perdu leurs terres et l’agriculture en souffre beaucoup. Il parait que 46% des terres agricoles sont inexploitables depuis que les soldats se sont retirés. Tu vois, en plus du blocus qui interdit l’entrée de nourriture, les agriculteurs ont moins de parcelles à cultiver pour nos citoyens. Le chômage touche 40 % de la population et 70% d’entre elle vit avec un dollar par jour.

Pourtant, il y a eu des conférences pour la reconstruction de Gaza et les donateurs ont été généreux. Plus de  4 milliards de dollars ont été promis par la communauté internationale mais nous n’avons encore rien vu. Israël bloque tout et se moque de la Terre entière. Seuls 41 chargements de matériaux de construction ont été autorisés à entrer dans Gaza, alors qu’il en faudrait des milliers pour reconstruire toutes les maisons, les écoles, les hôpitaux, les bureaux…

Cela fait une année que les disciples de Sharon, aux cœurs plus durcis que le béton armé du mur de la honte qu’ils ont érigé, nous ont décimés et nos bourreaux sont encore libres comme le vent. Bien sûr, il y a eu beaucoup de gesticulations. Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a chargé l'ex-procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie et pour le Rwanda, Richard Goldstone de mener une enquête sur le génocide de Gaza. Un rapport de 575 pages a été rédigé où la responsabilité de l’état sioniste a été clairement établie [5]. Ce rapport a été évidemment dénigré par Israël et ses acolytes qui ont eu l’outrecuidance d’accuser M. Goldstone de partialité.

Pis encore. Même si des militaires juifs ont accusé leurs collègues de crimes de guerre et que la nouvelle ait été relayée par les médias israéliens [6], les génocidaires narguent encore nos morts.

Je sais que les lignes qui suivent vont t’attrister, mais j’ai décidé de les écrire pour te mettre au courant de la perfidie des gouvernements de certains pays arabes. Tzipi Livni, ancienne ministre israélienne des Affaires étrangères et l’une des responsables du génocide de Gaza, a été invitée au Maroc le 21 novembre dernier. Elle a assisté en toute impunité au forum économique de Tanger et il paraît même qu’elle ait été acclamée [7]. Ironie du sort, cette même Livni qui est accueillie avec honneur dans certains pays arabes ne peut pas mettre les pieds en Grande-Bretagne où un mandat d’arrêt pour crimes de guerre a été lancé contre elle [8]. Malheureusement, tout comme l’Espagne, ce pays démocratique veut modifier sa législation pour que les génocidaires ne puissent plus être importunés sur son sol.

Mais non, il ne s’agit pas de tous les génocidaires. Certains le sont plus que d’autres et les Israéliens s’en sortiront toujours. Ce n’est pas le cas  du  président du Soudan qui a le malheur d’être à la fois Arabe et Africain. Luis Moreno-Campo, procureur de la Cour pénale internationale, accuse M. Omar El-Béchir de  génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre au Darfour. Comme j’aurais aimé lire cette phrase avec deux noms propres différents : Tzipi Livni et Gaza.

Ce n’est pas tout, le meilleur est à venir. La junte militaire guinéenne vient d’être accusée de crimes contre l’humanité pour des meurtres commis lors de la répression d’une manifestation qui a eu lieu le 28 septembre dernier, soit moins de trois mois plus tard [9]! Qu’est-ce qu’il peut être efficace ce tribunal pénal international lorsqu’il ne s’agit pas d’Israéliens! Chapeau, M. Moreno-Campo.

De son côté, le président égyptien a reçu son homologue israélien le 21 novembre 2009 pour, soi-disant, discuter du processus de paix. Mais, moi, je pense que c’est plutôt pour asphyxier encore plus Gaza. En effet, on vient d'apprendre que le gouvernement égyptien a décidé de construire une barrière métallique de dix kilomètres de long et qui peut s’enfoncer jusqu’à trente mètres de profondeur pour que la prison à ciel ouvert qu’est Gaza soit parfaitement étanche.

Il y a une anecdote que je ne peux passer sous silence. C’est le genre d’histoire dont tu raffoles. Le royaume hachémite a lui aussi défrayé la chronique. Au plus fort des bombardements sur Gaza, le chien du couple royal est tombé gravement malade. Que faire pour sauver cette chère bête?  Le chien fut emmené secrètement à l’hôpital vétérinaire israélien de Beit Dagan pour y être soigné. Malheureusement, les spécialistes ne purent le sauver et la dépouille mortelle fut renvoyée en Jordanie [10]. Je n’ose pas imaginer la peine de la reine Rania et de son époux. Inconsolables…

Cela fait une année que les disciples de Golda Meir, aux cœurs plus durcis que le métal de leurs chars, ont broyé nos chairs et la politique d’Israël et des États-Unis est toujours la même. Il est vrai que l’état sioniste a changé de gouvernement mais les politiciens qui sont en place sont encore pires que ceux d’avant. Je te citerai juste celui qui s’occupe des affaires étrangères, un certain Avigdor Lieberman qui a obtenu ses gallons comme videur de boîte de nuit. Considéré comme le dirigeant le plus xénophobe de l’histoire israélienne, cet énergumène avait suggéré d’utiliser l’arme nucléaire sur Gaza ou de noyer les prisonniers politiques palestiniens dans la Mer morte. Tu ne devineras jamais comment se nomme son parti: Israël Beiteinou. Sait-il au moins que le nôtre est : Falestine Beitouna?

Les États-Unis ont eux-aussi un nouveau gouvernement dirigé par le premier président noir de leur histoire. Il poursuit la même politique que ses prédécesseurs : ce n’est pas la couleur de peau qui va changer la couleur politique. Amnesty International a révélé que le nouveau gouvernement américain a livré plus de 300 containeurs d’armes à Israël le 22 mars 2009, soit plus de deux mois après la fin du conflit [11]. Et qui sait combien de bateaux ont été livrés depuis et qui n’ont pas été démasqués?

Depuis qu’il est en place, le président américain enchaîne discours sur discours car il excelle dans ce genre d’activités. Sais-tu, il est tellement bon dans les discours qu’il a réussi à décrocher un prix Nobel. Pas un Nobel des discours, non, celui de la paix. Comme si la paix se faisait avec de la parlotte.

Repose en paix, ma chère Ghada. Ne te soucie de rien, tes filles sont entre de bonnes mains et nous chérirons ta mémoire. Et aussi celles des 1416 autres dont le seul tort était de vouloir vivre libres sur leurs propres terres.

Et n’oublie jamais : Falestine Beitouna…

 


Références :

  1. Palestinian Centre for Human Rights. (Page consultée le 21 décembre 2009). « PCHR Contests Distortion of Gaza Strip Death Toll », [En Ligne]. Adresse URL: http://www.pchrgaza.org/files/PressR/English/2008/44-2009.html
  2. Une interview très explicite du Dr. Jan Brommundt peut être visionnée à l’adresse suivante : http://www.alternet.org/blogs/video/121917/did_israel_use_a_horrific_%27new_weapon%27_in_gaza/
  3. Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire. (Page consultée le 22 décembre 2009).   «  Rapport sur l’utilisation d’armes radioactives dans la Bande de Gaza pendant l’opération « Plomb durci » (27 décembre 2008 - 18 janvier 2009) », [En Ligne]. Adresse URL: http://www.acdn.net/
  4. Lire l’excellent rapport d’un groupe d’ONG intitulé « Abandon  de Gaza : Aucune reconstruction, aucune réparation,  plus d’excuses. Rapport un an après l’opération Plomb durci » qui vient de paraître et qui peut être téléchargé à l’adresse suivante : http://www.amnesty.fr/var/amnesty/storage/fckeditor/File/crisisinaction_gaza_french.pdf
  5. Le rapport Goldstone peut être téléchargé intégralement de l’adresse suivante : http://www2.ohchr.org/english/bodies/hrcouncil/specialsession/9/docs/UNFFMGC_Report.pdf
  6. Amos Harel, Correspondant du journal Haaretz. (Page consultée le 22 décembre 2009). « IDF in Gaza: Killing civilians, vandalism, and lax rules of engagement », [En Ligne]. Adresse URL: http://www.haaretz.com/hasen/spages/1072040.html
  7. Juif.org. (Page consultée le 22 décembre 2009). « Maroc : une ovation pour... Tzipi Livni», [En Ligne]. Adresse URL: http://www.juif.org/le-mag/233,maroc-une-ovation-pour-tzipi-livni.php
  8. Radio-Canada.ca. (Page consultée le 22 décembre 2009). « Un mandat d'arrêt vise Tzipi Livni », [En Ligne]. Adresse URL: http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2009/12/15/008-livni-mandat.shtml
  9. RFI. (Page consultée le 22 décembre 2009). « La junte accusée de crimes contre l'humanité », [En Ligne]. Adresse URL: http://www.rfi.fr/contenu/20091221-lonu-parle-crimes-contre-lhumanite-guinee
  10. YNet. (Page consultée le 22 décembre 2009). « King Abdullah's dog dies in Israel», [En Ligne]. Adresse URL: http://www.ynet.co.il/english/articles/0,7340,L-3693607,00.html
  11. Amnesty International. (Page consultée le 22 décembre 2009). « Des munitions en provenance des États-Unis livrées à Israël», [En Ligne]. Adresse URL: http://www.amnesty.org/fr/news-and-updates/news/us-munitions-delivered-israel-20090402

 


Cet article a été publié le 28 décembre 2009 par le "Quotidien d'Oran" (p.8)

Consultation sur le site du journal:

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5131520&archive_date=2009-12-15


 

"Tears of Gaza" (Les larmes de Gaza)

Un film de Vibeke Løkkeberg

Cliquez sur l'affiche pour visionner le film

Film émouvant sur les atrocités commises par les Israéliens lors du massacre de Gaza. Il y est question de la famille Abou Halima à la 39e minute. On peut y voir la petite Farah et Mohammed, l'époux de Ghada.

 


 

Note :

Vibeke Løkkeberg est née en Norvège. Elle est actrice, réalisatrice, scénariste et écrivaine. Elle a réalisé plusieurs longs métrages dont The Revelation (1977), Betrayal (1981), Hud (1986), projecté à la section Un Certain Regard section au festival de Cannes, Måker (1991), Der gudene er døde (1993), et Tears of Gaza (2010).

Vibeke Løkkeberg was born in Norway. She is an actor, director, screenwriter and author. She has directed several features, including The Revelation (1977), Betrayal (1981), Hud (1986), which screened in the Un Certain Regard section at the Cannes Film Festival, Måker (1991), Der gudene er døde (1993), and Tears of Gaza (2010).

Époustouflant! La blogosphère a la fièvre et la température risque de faire exploser le chaudron néo-médiatique. Twitter, Youtube, Facebook, Google, tous les grands joueurs de la toile ont décidé de voler au secours de la rue d’Iran. Et une seule question me vient à l’esprit : mais où diable étaient-ils pendant le massacre de Gaza?

Petite clarification en guise d’introduction : loin de moi l’idée d'analyser les élections iraniennes, ni de démontrer qu’il y a eu fraude électorale ou non. De toute façon, et contrairement à ce qu’affirment les médias occidentaux, il est très difficile d'avoir une position juste et tranchée sur le sujet. Ce qui a attiré mon attention, c’est plutôt cette magnanimité débordante dont font preuve ces tisseurs de toiles relayés par la fébrilité des médias classiques dans la couverture des récents événements iraniens, alors qu’elle était inexistante lors du massacre de Gaza.

Pourtant, les deux situations présentent des similitudes du point de vue médiatique. À Gaza, l’état sioniste avait interdit l’entrée aux médias occidentaux. Encore mieux, il avait « embedded » des journalistes, c'est-à-dire inclus au sein de Tsahal pour qu’ils donnent une image réaliste de la propreté du massacre. En Iran, les journalistes en place sont « interdits » de faire leur travail et ne peuvent donner une information « fiable ». Alors, comment informer ces occidentaux si épris de justice et de liberté? Eh bien, en utilisant l’information communiquée par les citoyens via les sites de réseautage social. Et toutes les informations produites par monsieur ou madame Tout-le-monde sont bonnes à prendre et à diffuser dans les plus grands journaux et canaux de télévision : CNN, TF1, France 24, Le Monde, Le Nouvel Observateur, L’Express, Radio-Canada et j'en passe. Et dire que de vrais journalistes étaient présents à Gaza. Mais ceux-là n’étaient que des journalistes arabes, donc non crédibles ou même incompétents, n’est-ce-pas? Plus incompétents que le simple citoyen iranien qui, armé de son clavier, envoie les vidéos de médiocre qualité enregistrées sur son téléphone portable. Moins crédibles que les internautes iraniens alors qu’eux autres ont risqué  leurs vies sous les bombes au phosphore ou les DIME, protégés par des dérisoires casques et gilets pare-balles. Certains d’entre eux ont même perdu leur vie dans l'exercice de leur fonction. « Mais non, on ne peut pas les croire ». « Il faut vérifier l’information ». « L’information est manipulée et les chiffres gonflés ».

Mais peut-on croire ce qui est transmis par le biais des sites de réseautage social?

À cet effet, on peut lire sur le site True/Slant [1] qu’une liste d’erreurs (préméditées?) a été diffusée par les utilisateurs de Twitter. Parmi elles, le fait que trois millions de personnes ont manifesté alors que la foule a été estimé à des centaines de milliers, que Mir Hossein Moussavi était assigné à résidence et que l’élection avait été invalidée, alors que c’était faux.

Autre accointance curieuse et insolite de ce site de socialisation : le ministère américain des Affaires étrangères lui a demandé de reporter une opération de maintenance qui aurait entraîné une interruption de service, ce qui aurait privé les opposants iraniens de moyen de communication [2]. Et Twitter a accepté. Même la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a estimé que Twitter était important pour la liberté d'expression en Iran [3]. Le premier ministre britannique Gordon Brown y est allé, lui aussi, de sa philosophie tautologique sur les colonnes du Guardian en affirmant qu’Internet a changé la politique étrangère à jamais: « Une situation comme celle du Rwanda ne peut plus se reproduire car l’information sortirait rapidement et l’opinion publique s’amplifierait de sorte que des mesures devraient être prises » [4]. Monsieur le locataire du 10 Downing Street, vous qui avez une bonne mémoire des génocides, pouvez-vous nous dire quelque chose sur celui de Gaza, bien plus récent?

Les israéliens, comme s’ils pouvaient donner des leçons en matière de libertés individuelles, se sont aussi jetés dans la blogosphère. Un Israélien de 24 ans, du nom d’Arik Fraimovich, a créé une application permettant aux internautes utilisant Twitter de teinter les images de leur profil avec la couleur verte, symbole de la révolte iranienne. Des Israéliens qui veulent le bien des Iraniens : décidemment, le cyberespace a ses raisons que la raison ne connaît pas.

Des citoyens américains se sont joints à la révolution de l’information booléenne. Certains d'entre eux ont mis à la disposition des internautes iraniens des serveurs proxy pour leur permettre d’accéder aux sites bloqués par les autorités. D’autres leur ont permis d’avoir accès à Tor, un service qui permet la navigation anonyme sur Internet [5].

La semaine dernière, le célèbre site suédois de téléchargements illégaux Pirate Bay, dont les fondateurs ont été récemment lourdement condamnés, ont proposé un service analogue aux blogueurs iraniens et ont mis en ligne un très grand nombre de vidéos amateurs sur les évènements de la République Islamique.

Un laboratoire de recherche de l'Université de Toronto, Citizen Lab., a décidé de fournir aux internautes d’Iran le logiciel Psyphon qui est conçu pour contourner les filtres de la censure gouvernementale [6].

Le site de partage vidéo Youtube s’est transformé en média d’information en procédant à des mises à jour fréquentes et les sites Google et Facebook ont lancé des services en langue farsi spécialement conçus pour l’occasion. Comme quoi la fin justifie les moyens.

Les chaînes de télévision et les médias électroniques occidentaux se sont servis des vidéos de piètre qualité et d’origine non vérifiable pour décrire la rue iranienne alors qu’elles n’ont jamais voulu diffuser des reportages de qualité professionnelle réalisés par les journalistes chevronnés des chaînes arabes, encore moins les nombreux témoignages vidéos postés sur Youtube lors de l’hécatombe de Gaza. On est bien aux antipodes de ce qu’affirmait le « pseudo- philosophe » Alain Finkielkraut lors d’une émission diffusée en avril dernier : « Internet est une poubelle » [7] ou de la fameuse « Internet (…) c’est la planète des singes » de Philippe Val [8].

Il est bon de rappeler, qu’à l’inverse de ce qui se passe en Iran, c’est l’état israélien qui avait utilisé Twitter et Youtube pour fin de propagande pendant qu’ils bombardaient les civils Gazaouis. Son armée avait ouvert un compte sur Youtube (Idfnadesk) [9] pour y diffuser des images « propres » du génocide. À New York, le consulat d’Israël avait créé une page sur Twitter pour répondre aux questions des citoyens sur la « légitimité » du massacre [10]. Le major Avital Leibovich, responsable de la presse étrangère au sein de l'armée israélienne, a déclaré, à ce sujet, que: « La blogosphère et les nouveaux médias sont une autre zone de guerre ». Et les troupes du Shin-Bet (contre-espionnage israélien)  sont depuis longtemps sur Facebook et Myspace [11].

Comme les génocidaires sionistes n’ont été ni condamnés, ni même inquiétés pour la liquidation de plus de 1400 palestiniens, il faut s’attendre à ce qu’ils recommencent sous peu. Alors, un petit conseil pour les activistes de la toile et les défenseurs de la liberté cyberspatiale: fournissez les logiciels de contournement et de navigation anonyme et consolidez, dès maintenant, l’infrastructure de vos sites de socialisation en Palestine. Vous serez minutieusement informés lorsque le prochain massacre aura lieu. À moins que Tsahal vous ait déjà contacté.


 

Références :

  1. Joshua Kucera . (Page consultée le 22 juin 2009). What if Twitter is leading us all astray in Iran?, [En Ligne]. Adresse URL: http://trueslant.com/joshuakucera/2009/06/15/what-if-we-are-all-wrong-about-iran/
  2. Technaute . (Page consultée le 22 juin 2009). Iran : Washington intervient auprès de Twitter, [En Ligne]. Adresse URL:  http://technaute.cyberpresse.ca/nouvelles/internet/200906/16/01-876173-iran-washington-intervient-aupres-de-twitter.php
  3. AFP . (Page consultée le 21 juin 2009). Clinton says Twitter is important for Iranian free speech, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5h6iCR8fA4XQ4OHnzc0sxe3aadMxg
  4. The Guardian. (Page consultée le 20 juin 2009). Internet has changed foreign policy for ever, says Gordon Brown, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.guardian.co.uk/politics/2009/jun/19/gordon-brown-internet-foreign-policy
  5. TOR . (Page consultée le 21 juin 2009). Tor: l'anonymat en ligne, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.torproject.org/index.html.fr
  6. CBC. (Page consultée le 22 juin 2009). Iran's emerging 'netwar', [En Ligne]. Adresse URL: http://www.cbc.ca/technology/story/2009/06/16/iran-twitter-netwar-greg-walton-citizen-lab.html
  7. Mefeedia. (Page consultée le 23 juin 2009). Pour Finkielkraut Internet est une poubelle, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.mefeedia.com/entry/pour-finkielkraut-internet-est-une-poubelle/17559592
  8. Le Nouvel Observateur. (Page consultée le 23 juin 2009). Charlie Hebdo ouvre son site internet, [En Ligne]. Adresse URL: http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/multimedia/20080912.OBS1041/charlie_hebdo_ouvre_son_site_internet.html. Philippe Val est actuellement directeur de France-Inter (Radio-France). Ce polémiste controversé était à l’origine de la publication intégrale des caricatures du Prophète (SAWS) lorsqu’il était directeur de la rédaction de Charlie Hebdo.
  9. Youtube. (Page consultée le 23 juin 2009). IDF Spokesperson's Unit, [En Ligne]. Adresse URL:  http://www.youtube.com/user/idfnadesk
  10. Twitter. (Page consultée le 23 juin 2009). Hey there! Israelconsulate is using Twitter, [En Ligne]. Adresse URL: http://twitter.com/IsraelConsulate
  11. Le Figaro.fr. (Page consultée le 23 juin 2009). Les espions israéliens ouvrent un blog, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.lefigaro.fr/international/2008/03/18/01003-20080318ARTFIG00462-les-espions-israeliens-ouvrent-un-blog.php

 


 

Cet article a été publié le 25 juin 2009 dans les colonnes du journal "Le Quotidien d'Oran"

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Il y a eu la vache et sa folie, le mouton et sa tremblante, le poulet et sa grippe, et, maintenant, le porc et son H1N1. Tous les animaux d’élevage y sont passés, ou presque. Il n’y a que le lapin qui doit s’estimer heureux dans son clapier, du moins jusqu’à maintenant. L’avenir nous réserve peut-être un lapereau atteint de rougeole, de varicelle ou de la maladie d’Ébola, que Dieu nous en préserve.

Mais mon propos, aujourd’hui, n'est pas de discutailler de cette maladie qui affecte les gorets ni du niveau d’alerte qui leur est décerné par cette honorable institution qu’est l’OMS. Non. J’aimerais plutôt vous parler d’une maladie véhiculée par une autre espèce d’omnivores, maladie qui a dépassé, depuis belle lurette, le niveau 6 et qui est au stade de pandémie dans tous les pays occidentaux. Cette affection consiste à trouver, quelque soit le sujet, le thème, la situation ou le problème, un lien aussi ténu soit-il avec l’Islam et l’utiliser pour dénigrer, malmener et traîner dans le purin cette religion. Les exemples font légion et chaque jour qui passe charrie son lot d’inepties enrobées dans des vocables aussi tendancieux que fallacieux.

Regardons, par exemple, l’affaire des « porcs du Caire ». Le gouvernement égyptien a, à tord ou à raison, décidé d’abattre les porcs qui vivent dans les décharges publiques de la capitale dans des conditions d’hygiène exécrables. Essayez d’imaginer : des monceaux d’ordures en putréfaction dans la légendaire chaleur du Caire, nourrissant quelques 60 000 porcs destinés à la consommation humaine. L’atmosphère y est tellement nauséabonde que tout le quartier baigne dans des émanations pestilentielles. Il est clair que ces animaux sont un danger pour la santé publique en dehors même de tout risque d’épidémie de grippe porcine, surtout pour ceux qui en consomment la chair. Ce problème de salubrité publique aurait été tout à fait anodin si ce n’est que les propriétaires de ce cheptel inusité ne font pas partie de la majorité musulmane, mais sont des chrétiens coptes, chiffonniers de leur métier.

Et voilà la déferlante médiatique occidentale qui se met en branle avec ses pseudos journalistes qui se pourlèchent les groins, alléchés par la juteuse confrontation religieuse qu’ils vont monter de toute pièce et en matraquer leurs lecteurs ou leurs auditeurs.

« Les musulmans qui persécutent les chrétiens coptes», « les musulmans qui considèrent le porc comme un animal impur », « les musulmans qui veulent éradiquer les porcs parce que l’Égypte est un pays islamique », etc.

« Médisez, médisez, il en restera toujours quelque chose », dit-on.  Tous les journaux, en prime time, orchestrent le battage médiatique à grand coups d’images choc de verrats gambadant dans des dépotoirs à ciel ouvert. Incroyable : le sujet est si sérieux que le respectable journal « Le Monde » a son envoyée spéciale sur la colline de Moqatam, interviewant des zabalines (chiffonniers) coptes en colère.

Mais ce que ne nous disent pas ces donneurs de leçons, c’est que la vie des zabalines a changé depuis la restructuration du secteur du nettoyage urbain et de la collecte des ordures. En effet, ce secteur à été investi  depuis quelques années par des compagnies étrangères et les chiffonniers n’arrivent plus à joindre les deux bouts comme de par le passé. L’histoire du porc n’a fait qu’ajouter un peu plus de précarité à leur condition socio-économique qui n’était déjà pas radieuse.

Même la vertueuse Brigitte Bardot s’en est offusquée, qualifiant la décision du gouvernement égyptien de « lâcheté extrême ». Défendant la truie et le porcelet, elle a exhorté les autorités de ne pas créer d’élevages organisés, mais de laisser les porcs vivre « en liberté » dans les détritus. À se demander pourquoi elle ne s’est pas encore lancée dans l’élevage porcin dans les dépotoirs de France et de Navarre et de nourrir les Français avec cette chair infecte. Par ces temps de crise, elle aiderait à la création d’emplois et à la résorption du chômage dans l’hexagone.

Pour avoir vu et entendu de nombreux occidentaux rechigner et se plaindre de la salubrité quelque peu défaillante de certains lieux publics en Égypte, il est sidérant de les voir prendre la défense de ces endroits et de ces élevages qui sont aux antipodes des normes européennes en matière d’hygiène.

À noter que les autorités du pays ont prévu des compensations financières pour chaque bête abattue et que le directeur du département des maladies infectieuses du ministère égyptien de l'Agriculture a déclaré que l'abattage des porcs était « une mesure d'hygiène générale, pour transférer ce genre d'élevage dans de vraies fermes, pas dans les décharges ». En outre, le pape Chenouda III, patriarche de l’Église copte n’a non seulement émis aucun commentaire concernant la supposée discrimination dont font l’objet les chiffonniers chrétiens, mais a envisagé de faire participer son Église au dédommagement des éleveurs.

D’autre part, il ne faut pas oublier que l’Égypte est le pays qui a été le plus touché par l’épidémie de grippe aviaire en dehors de l’Asie : 68 cas recensés dont 25 mortels. Une telle hécatombe justifie la prudence des autorités sanitaires de ce pays envers toute autre épidémie.

Autre question qui peut venir à l’esprit : mais où diable étaient ces défenseurs du droit à l’existence et ces envoyés si spéciaux lorsqu’il y a quelques mois à peine des êtres humains se faisaient « phosphorer » ou « dimer » à Gaza?  Ou bien le droit des animaux a préséance sur celui des humains?

Détourner le problème des chiffonniers du Caire en surfant sur la vague du dénigrement systématique de l’Islam et en le présentant comme une persécution religieuse est plus que de la désinformation : c’est de la mauvaise foi et de l’incitation à la haine.

En Égypte, les coptes ont toujours été considérés comme des citoyens à part entière et ce ne sont pas quelques cochons se pourléchant les groins qui vont y changer quelque chose.

 

 

 

La crise financière actuelle a non seulement fait surgir le spectre du protectionnisme, mais a aussi déterré les vieux démons de la préférence nationale dans l’embauche. La situation socioéconomique des immigrants en Occident, en particulier celle des musulmans, qui posait déjà problème en période de vaches grasses risque de faire les frais de ces temps de disette. Mais quel est le portrait de ces musulmans en terre d’Occident ?

 

A- Perception

L’Islam est la seconde religion la plus pratiquée dans le monde après le Christianisme. Elle regroupe environ 1,2 milliard de fidèles principalement en Asie, en Afrique et en Europe. Il est très difficile de connaître précisément le nombre de musulmans en Occident, mais des estimations sérieuses peuvent le chiffrer aux alentours d’une vingtaine de millions très inégalement répartis à travers ses pays membres [1-7]. Ainsi, on remarque que quatre pays, en l’occurrence la France, les Etats-Unis, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, regroupent plus des deux tiers des musulmans d’Occident. Le reste est disséminé dans les autres pays (fig.1).

 


Fig.1 : Distribution des musulmans en Occident[1-7]

À quelques exceptions près comme la Grèce ou l’Espagne qui comptent une population musulmane séculaire, les musulmans sont essentiellement issus d’une immigration plus ou moins récente dépendamment des pays. Contrairement à la place démesurée qu’ils occupent dans les médias occidentaux, la communauté musulmane ne représente qu’environ 3,5% de la population totale de l’Union européenne [7], et moins de 3% de celle de la totalité des pays occidentaux.

De nombreux événements ont contribué à mettre les musulmans d’Occident sous les projecteurs : les attentats du 11 septembre 2001 à New York, ceux de Madrid et de Londres, les caricatures du prophète Mahomet, les péripéties du conflit israélo-palestinien, la publication de certains ouvrages controversés comme celui de Oriana Fallaci [8], la controverse sur le voile islamique en France, l’occupation de l’Irak ou le récent problème nucléaire iranien. D’autre part, les médias ont toujours tendance à monter en épingle les moindres incartades qui ont pour effet d'amplifier les sentiments islamophobes. À cet effet, le dernier rapport de l’EUMC (Observatoire Européen des Phénomènes Racistes et Xénophobes) note que : «  les musulmans sont souvent victimes de stéréotypes négatifs, phénomène qui est par moments renforcé par le portrait négatif ou sélectif que véhiculent les médias » [7]. Ce même rapport fait état de centaines d’incidents à caractère islamophobe recensés dans les années 2004-2005 dans tous les pays de l’Union Européenne.

Cela va des désormais banals incendies de mosquées en Allemagne à l’arrachage du foulard (et de quelques cheveux) d’une femme musulmane à Saragosse (Espagne), en passant par le tabassage de musulmans par des membres du Mouvement de la Résistance Suédoise (organisation nazie). Pas moins de 13 pages du rapport sont consacrées à la description d’une débauche d’actes racistes contre la communauté musulmane et certains comportements délictueux sont même attribuables à des responsables politiques ou à des policiers.

Dans leur article publié en 2007 et intitulé : "Love thy neighbour : how much bigotry is there in western countries ?" [9], V.K. Borooah and J. Mangan ont étudié l’intolérance des Occidentaux à l’encontre de 5 groupes sociaux, à savoir : i) personnes d’une autre race, ii) immigrants, iii) musulmans, iv) juifs et v) homosexuels. Dans cette étude une simple question a été posée à 31625 Occidentaux : « Aimeriez-vous avoir des personnes de l’un des groupes comme voisins ? ». Les résultats de cette vaste enquête ont montré que la Grèce et l’Irlande du Nord ont, en Occident, la plus grande proportion de personnes intolérantes envers les étrangers.

Si on se focalise sur les résultats concernant uniquement la communauté musulmane, on remarque que le Canada et le Portugal sont les pays les plus accueillants pour les musulmans alors que la Grèce et la Belgique sont les moins tolérantes (fig.2).

 


Fig.2 : Pourcentage de personnes (de la population en général) qui « n’aiment pas avoir de musulmans comme voisins » [9]

L’enquête s’est aussi intéressée à l’opinion de la fraction de la population qui comporte les personnes qui sont intolérantes envers au moins un des groupes sociaux : c’est la fraction intolérante de la population. Il apparaît, en moyenne, que ce sont les musulmans qui sont les moins bien perçus en Occident. Cependant, il existe une exception ibérique. En effet, seuls l’Espagne et le Portugal placent les musulmans devant les juifs, qui, à leur tour, occupent la dernière place du classement [9].

L’analyse détaillée des résultats ne concernant que les musulmans permet de voir que le Portugal et le Canada sont encore les plus tolérants, mais ce sont les pays scandinaves qui révèlent leur islamophobie (fig.3). En fait, l’étude montre que l’intolérance des scandinaves (qui, ensemble, accueillent moins de 4% du total des musulmans d’Occident) est principalement dirigée contre la communauté musulmane.



Fig.3 : Pourcentage de personnes (de la fraction intolérante de la population) qui « n’aiment pas avoir de musulmans comme voisins » [9]

Regardons maintenant en détail les résultats colligés pour le Canada, un des pays les plus accueillants pour les musulmans (fig.4). Il s’avère que même si ce pays jouit de ce statut enviable, le groupe social le moins bien perçu reste toujours celui des musulmans en parfait accord avec la tendance moyenne des pays occidentaux.



Fig.4 : Comparaison entre l’intolérance au Canada et la moyenne du monde occidental [9]

En 2005, dans un sondage Ipsos Reid pancanadien [10], des répondants ont été questionnés sur les minorités les plus susceptibles à être victimes de racisme. Là aussi, les résultats montrent que les musulmans occupent le haut du pavé, avec un taux plus de 3 fois plus grand que celui des juifs, par exemple (fig.5).

 


Fig.5 : Groupes ethniques ciblés par le racisme au Canada [10]

La même enquête a sondé les Canadiens sur leur aptitude à accueillir des personnes d’une autre race comme voisins. Les résultats, par province, sont présentés dans la figure 6. On y constate que c’est au Québec que la population est la plus réfractaire à cette idée. Ce qui est le plus remarquable, c’est que le pourcentage est près de 4 fois plus élevé que celui de l’Ontario et le double de celui de la moyenne canadienne. Cela met en évidence le fait que l’opinion québécoise est plus "européenne" que canadienne.

 


Fig.6 : Pourcentage de Canadiens qui n’aimeraient pas avoir de voisins d’une autre race [10]

La « grande enquête sur la tolérance au Québec » de la firme Léger Marketing [11] qui a fait couler beaucoup d’encre en 2007, a montré qu’un Québécois sur 2 avait une mauvaise opinion sur les Arabes (fig.7). Comme la plupart des Occidentaux ne font pas nécessairement la différence entre la notion d’Arabe et celle de musulman, les deux mots peuvent être considérés comme interchangeables dans le sondage.

Ici aussi, ce sont les Arabes qui ont l’apanage de la perception la plus négative, perception 5 fois plus élevée que celle envers les asiatiques, par exemple.

Fait très singulier, le sondage fait ressortir ce qu’il appelle « le paradoxe arabe » : « c’est envers la communauté arabe que les Québécois expriment le plus fort degré de réprobation. Pourtant, l’enquête démontre qu’il s’agit d’une des communautés les mieux intégrées à la société québécoise. »

 


Fig.7 : Pourcentage de Québécois ayant une mauvaise opinion des membres des communautés ethniques [11]

Deux sondages sur la perception occidentale des musulmans vivant en Occident ont été récemment publiés. Le premier, réalisé au printemps 2008 dans le cadre du Pew Global Attitudes Project [12], révèle toujours un indéniable accroissement de l’hostilité envers cette communauté dans de nombreux pays occidentaux.

Le second, le plus récent, communiqué par le GMF (German Marshall Fund of the United States) en novembre 2008, confirme cette tendance [13]. Cette étude réalisée aux USA et dans sept pays européens montre clairement, qu’en moyenne, environ 1 occidental sur 2 ne pense pas « que les modes de vie occidentaux et musulmans sont conciliables » et ne croit pas que « les musulmans ont beaucoup à offrir à la culture du pays d’accueil ».


B- Employabilité

L’animosité grandissante en Occident envers les musulmans ne se manifeste pas uniquement dans des sentiments négatifs ou des actes violents. Elle a des répercussions sur l’employabilité des personnes issues de cette communauté. Plusieurs expériences de demandes d’emplois avec des candidats fictifs ou des noms occidentaux remplaçant un nom arabo-musulman ont été tentées dans plusieurs pays occidentaux (technique de "Testing").

Le 22 février 2007, la plus importante entreprise agroalimentaire du Québec a été condamnée à verser 15 000 $ à un Montréalais d’origine marocaine qui a été contraint à se "baptiser" Marc Tremblay pour obtenir un entretien d’embauche [14]. Le même CV portant son vrai nom à consonance musulmane a été rejeté à quinze reprises entre 2000 et 2003. En 2004, une émission radio de la BBC a envoyé des demandes d’emplois de 6 candidats fictifs à 50 entreprises britanniques en utilisant des noms explicitement de race blanche, africaine ou musulmane [15].

L’expérience a montré que les candidats supposément musulmans traînaient en queue de peloton avec environ 3 fois moins de chance d’être invités à une entrevue que les candidats de race blanche (comparativement à 2 fois moins pour les candidats de race noire). Une démonstration similaire, réalisée par l’Observatoire des Discriminations de l’Université Paris I, a révélé que les maghrébins avaient 5 fois moins de chance que les français de souche d’obtenir une réponse positive [16].

Les chiffres du chômage dans certains pays occidentaux qui recensent ce type de données en fonction de la religion ou de l’appartenance ethnique sont autant d’indicateurs éloquents en matière d’employabilité des musulmans. En Grande-Bretagne où des statistiques basées sur la religion sont disponibles, on constate que les taux de chômage chez les musulmans et les musulmanes sont respectivement 3 et 4 fois plus élevés que ceux des chrétiens et des chrétiennes. Comparés aux autres religions, ils sont encore 1,5 et 2 fois plus importants que ceux des bouddhistes qui sont les moins bien lotis dans ce classement, après les musulmans [17].

En Irlande où le même type de données est disponible, le taux de chômage des musulmans est près de 3 fois plus élevé que celui de la population en général, alors qu’en Belgique il touche 5 fois plus les Turcs et les Marocains que l’ensemble de la population [7].

Au Québec, de récentes statistiques ont montré que la communauté maghrébine subissait un taux de chômage plus de 4 fois plus élevé que la moyenne, très loin derrière la communauté noire africaine, avec un chiffre de 8 points supérieur. Pourtant, le pourcentage des immigrants provenant de l’Afrique du nord possédant des qualifications universitaires est nettement supérieur à celui de la population québécoise en général [18].

Ces mêmes statistiques dévoilent que le taux de chômage des immigrants de l’Afrique du Nord en Ontario est plus de 7% inférieur à celui du Québec. Ce résultat peut être mis en parallèle avec celui de la faible intolérance raciale observée en Ontario comparativement à celle du Québec (Fig.6) [10].

Cette discrimination à l’emploi est de loin la plus insidieuse car elle freine l’intégration des musulmans au marché de l’emploi, bloque l’accès à une qualité de vie décente et nuit au sentiment d’appartenance à la société d’accueil.

Quelles mesures ont été prises pour remédier efficacement à cette islamophobie omniprésente en Occident ? En 2008, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (qui a remplacé, en 2007, l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes), a publié un rapport dans lequel elle fournit des prototypes d’initiatives, de pratiques exemplaires et de projets mis de l’avant par plusieurs villes européennes afin de favoriser l’intégration des immigrants et en particulier ceux de confession musulmane dans les domaines de l’emploi, de l’éducation et de la participation à la vie sociale [19].

Ce document qui s’adresse aux décideurs politiques et aux praticiens impliqués dans la lutte contre le racisme et la discrimination se veut un outil de travail dont tous les responsables locaux du monde occidental devraient s’inspirer.

L’islamophobie est un phénomène réellement grave dans les pays occidentaux et sa progression est indéniable. Son ampleur dépasse celle de l’antisémitisme ou du racisme envers toutes les autres communautés ethniques d’Occident. Elle affecte la structure et l’équilibre des pays membres surtout si on considère qu’un nombre croissant de musulmans de deuxième et troisième génération sont des citoyens occidentaux à part entière.

Une éducation à la citoyenneté et à la diversité sociale doit être obligatoirement insérée dans le cursus officiel des écoles et des positions politiques claires et courageuses sont indispensables afin de juguler ce fléau social. Quant à l’égalité des chances à l’emploi, la promotion des CV anonymes est une mesure minimale qui devrait aider à aplanir la disparité entre l’employabilité des citoyens de souche et de ceux issus des autres communautés. L’empathie et l’ouverture à l’autre sont des gages de la bonne santé d’une société moderne, égalitaire et résolument tournée vers l’avenir.

 

Références

1- WIKIPEDIA. (Page consultée le 15 février 2007). Islam by country, [En Ligne]. Adresse URL :http://en.wikipedia.org/wiki/Islam_by_country

2- Agenzia Fides. (Page consultée le 24 février 2007). Les dimensions du phénomène musulman en France, [En Ligne]. Adresse URL : http://www.fides.org/fra/news/2004/0406/19_2367.html

3- La Documentation Française. (Page consultée le 20 février 2007).Rapport du Haut Conseil à l’intégration de France : L’Islam dans la République, [En Ligne]. Adresse URL : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/014000017/0000.pdf

4- Pénombre. (Page consultée le 25 février 2007). Précisions et incertitudes, [En Ligne]. Adresse URL : http://www2.unil.ch/penombre/40/06.htm

5- BBC. (Page consultée le 25 février 2007). Muslims in Europe : country guide, [En Ligne]. Adresse URL : http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/4385768.stm

6- U.S. Department of State. (Page consultée le 25 février 2007). International Religious Freedom (2006), [En Ligne]. Adresse URL : http://www.state.gov/g/drl/rls/irf/2006/

7- European Monitoring Centre on Racism and Xenophobia (EUMC). (Page consultée le 16 février 2007). Les musulmans au sein de l’Union européenne : discrimination et islamophobie, [En Ligne]. Adresse URL : http://eumc.europa.eu/eumc/index.php ?fuseaction=content.dsp_cat_content&catid=3fb38ad3e22bb&contentid=4582d9f4345ad

8- Fallaci, Oriana. La rage et l’orgueil, Paris, Plon, 2002, 195 p.
Cet ouvrage a été traduit devant la justice par trois associations françaises de défense des droits de l’homme en 2002 et s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires en Italie.

9- V.K. Borooah, K. Vani, Mangan, J., "Love thy neighbour : how much bigotry is there in western countries ?", Kyklos, International Review for Social Sciences, Vol. 60, No. 3, pp. 295-317, August 2007.

10- Sondage Ipsos-Reid, "March 21st, international day for the elimination of racial discrimination", 21 mars 2005.

11- Sondage Leger Marketing, "La grande enquête sur la tolérance au Québec", 10 janvier 2007.

12- Pew Global Attitudes Project. (Page consultée le 30 novembre 2008). Unfavorable Views of Jews and Muslims on the Increase in Europe, [En Ligne]. Adresse URL : http://pewglobal.org/reports/display.php ?ReportID=262

13- German Marshall Fund of the United States (GMF). (Page consultée le 10 janvier 2009). Transatlantic Trends : Immigration 2008 Partners, [En Ligne]. Adresse URL : http://www.transatlantictrends.org/trends/doc/TTI_2008_Final.pdf

14- Canoë Infos. (Page consultée le 28 février 2007). Ségrégation : dédommagement de 15 000 $, [En Ligne]. Adresse URL : http://www2.canoe.com/infos/societe/archives/2007/02/20070223-053700.html

15- BBC. (Page consultée le 28 février 2007). ’Shocking’ racism in jobs market, [En Ligne]. Adresse URL : http://news.bbc.co.uk/2/hi/business/3885213.stm

16- Observatoire des discriminations. (Page consultée le 28 février 2007). Discriminations à l’embauche -De l’envoi du CV à l’entretien-, [En Ligne]. Adresse URL : http://cergors.univ-paris1.fr/docsatelecharger/Discriminationsenvoientretien.pdf

17- National Statistics. (Page consultée le 5 novembre 2008). Labour Market : Muslim unemployment rate highest, [En Ligne]. Adresse URL :
http://www.statistics.gov.uk/cci/nugget.asp ?id=979&Pos=1&ColRank=2&Rank=320

18- Bourque, Olivier. (Page consultée le 5 novembre 2008). Chômage des Maghrébins : « Une honte pour le Québec », [En Ligne]. Adresse URL :
http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/article/20080328/LAINFORMER/80328167

19- Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne. « La cohésion communautaire au niveau local : répondre aux besoins des communautés musulmanes. Exemples d’initiatives locales ». FRA 2008.



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Au-delà de la destruction systématique des corps, des âmes, des rêves, des édifices et de tout ce que mère Nature compte comme richesses, la tragédie de Gaza a été instructive à plusieurs égards. Entre autres, elle a fait la preuve par 22 que la Ligue arabe n'existait plus. Rien de plus facile pour s'en rendre compte que de consulter la définition que donne Le Petit Robert du mot « ligue » : « Alliance de plusieurs États, dans des circonstances particulières, pour défendre des intérêts communs ou poursuivre une politique concertée ». La Ligue arabe n'est pas vraiment une alliance, tout au plus un regroupement, ne défend nullement les intérêts communs de ses membres et poursuit la politique la plus discordante qui soit. Dans le cas du drame gazaoui, c'était carrément une historique de cacophonie. L'illustration de cette analyse sémantique est curieusement apparue après la fin de la boucherie de Gaza, sur les pentes enneigées helvétiques, bien loin des sables du Monde arabe. En effet, le dernier Forum économique de Davos a réuni un panel dont la composition frisait l'indécence.

Il y avait, dans l'ordre : le Premier ministre turc, le président de l'État d'Israël dont la folie meurtrière a été publiquement dénoncée par le précédent, le Secrétaire général de l'ONU dont un très grand nombre de résolutions n'ont jamais été respectées par le pays du précédent et, finalement, le Secrétaire général de la Ligue arabe dont un des pays a été agressé par le second et non protégé par le troisième. Mais pourquoi diable M. Amr Moussa a-t-il accepté d'être à côté du plus haut représentant de l'État hébreu moins de 2 semaines seulement après le massacre de Gaza ? Inconscience caractérisée, suicide politique ou recherche d'une condescendance occidentale ? Même lui ne doit pas le savoir.

Cette réunion, comme chacun le sait, a été ponctuée par l'héroïque esclandre de M. Erdogan qui donnait l'air d'avoir décidé de ne participer à ce débat que pour inculquer une leçon de savoir-parler et de savoir-vivre au président hébreu qui n'en finissait pas de vociférer ses arguments fallacieux. Mais quelque chose d'aussi intéressant allait se passer au moment où le Premier ministre turc quitta les lieux : le pas de danse esquissé par Amr Moussa. Une valse à quatre temps qui résume à elle seule toute la ligne politique de la Ligue arabe. Un lapsus gestuel de dix secondes et 14 centièmes, d'une théâtralité éloquente et d'un réalisme patent.

Tout d'abord, M. Amr Moussa se lève pour congratuler M. Erdogan alors que ce dernier quitte les lieux d'un pas sûr et décidé. Tout comme, durant les événements de Gaza, bon nombre de leaders arabes qui se levèrent pour ne rien faire et parlèrent pour ne rien dire. Ensuite, se retrouvant tout seul debout et ne sachant pas trop quoi faire de son corps, il essaya un pas vers la gauche pour suivre M. Erdogan. Un soupçon de témérité aurait-il été insufflé par celle du Premier ministre turc ? Que nenni. Tout comme nos dirigeants. Aucun d'eux n'a eu ne serait-ce qu'une once d'audace ou de bravoure pour claquer la porte d'une quelconque institution, assemblée ou conférence directement ou indirectement pilotées par le lobby sioniste. Ensuite, notre secrétaire général de la Ligue se ravisa et fit un pas furtif vers la droite pour revenir à des terres plus familières et éviter d'exacerber le courroux des autres convives. Quel gâchis ! Avoir un moment de gloire au bout des doigts et dilapider l'occasion de la sorte ! Tout comme nos leaders. Être à la tête d'un Etat, lui-même au sein d'une Nation et ne pas avoir, en un moment aussi crucial que celui que nous venons de vivre, une colonne vertébrale assez forte pour rester debout, ni assez de véhémence pour dire haut et fort ce que tous les citoyens arabes ont scandé dans les rues ! Finalement, M. Moussa revint gentiment à son siège, obtempérant au doigt et à l'oeil de M. Ban Ki-moon qui lui en fit signe. Tout comme nos chers chefs d'État qui obéissent docilement aux ordres, ne font pas trop de vagues et cherchent avidement l'approbation occidentale.

La tragédie de Gaza a aussi dévoilé que le problème palestinien n'était plus une cause arabe. J'en veux pour preuve qu'aucun des pays faisant partie de la Ligue arabe et ayant une ambassade israélienne n'a osé rompre ses relations diplomatiques avec l'État hébreu. Seule la Mauritanie les a timidement gelées alors que le Qatar a fermé son bureau commercial israélien. Rien de comparable avec le Venezuela ou la Bolivie qui ont expulsé les ambassadeurs hébreux en qualifiant leur État d'« assassin » et de « génocidaire ». On a même vu des foules arabes défiler, non pas avec des photos de leurs leaders, mais avec le portrait de Hugo Chavez. Une chance que la honte ne tue pas, sinon j'en connais au moins 22 qui seraient passés de vie à trépas ! Et que dire de l'Iranien Ahmadinejad, de l'Indonésien Yudhoyono ou du Malaisien Badawi ? Tous sincèrement affligés par le sort des Palestiniens alors que les nôtres gesticulaient, les uns cherchant à faire cavaliers seuls et redorer leurs blasons avec les Américains et les Européens, les autres cherchant en vain un quorum jamais atteint.

Il faut aussi admettre qu'aucun dirigeant arabe ne s'est autant démené que M. Erdogan pour la défense des droits fondamentaux du peuple palestinien, en général, et de celui de Gaza, en particulier. Il n'a pas eu la moindre crainte de se brouiller avec l'Union européenne dont la politique pro-israélienne n'est plus à démontrer. Le journal israélien Haaretz a même affirmé que « le comportement d'Erdogan à Davos peut ruiner les chances de la Turquie de faire partie de l'Union européenne ». L'Histoire retiendra que M. Erdogan a été reçu comme un héros par ses concitoyens. Elle retiendra aussi la valse de M. Moussa, la petitesse des dirigeants arabes et, surtout, l'incommensurable gouffre qui les sépare de leurs peuples. La Ligue, quant à elle, n'a réussi à se réunir ni avant, ni pendant, ni même après les tristes événements de Gaza. Pourquoi se réunirait-elle encore ? Y aurait-il une raison plus importante que celle de Gaza ? Vivement, qu'elle périclite avec son danseur de secrétaire. À quand la danse du ventre, M. Moussa ?

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