Émission radio "Face à l'info" - RTBF - 17 mars 2014
CRIMÉE : CONSÉQUENCES DU RÉFÉRENDUM
Émission « FACE À L'INFO » du 17 mars 2014

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CRIMÉE : CONSÉQUENCES DU RÉFÉRENDUM
Émission « FACE À L'INFO » du 17 mars 2014

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| Traducido del francés para Rebelión por Beatriz Morales Bastos y Caty R. |
Pero para comprender la situación actual de Ucrania es primordial revisar algunas fechas importantes y los nombres de los principales actores de la política ucraniana tras la era soviética:
Il movimento di contestazione ucraino, è interessante sotto diversi profili. Mostra come un colpo di Stato civile contro un governo democraticamente eletto possa essere fomentato con successo con appoggi stranieri e senza interventi militari.
Commentaire de Michel Collon:
Mon ami Ahmed Bensaada éclaire ici de façon magistrale les dessous de la « révolution » ukrainienne : d’abord, cette odeur fondamentale dans le conflit, celle du pétrole et du gaz, notamment chez la première favorite de l’Occident, Ioulia Timochenko, avec assassinats à la clé.
L'autre jour, je me suis présenté tôt le matin au CLSC [1] de mon quartier, à l’Est de Montréal, pour des analyses médicales. Malgré l'heure matinale, il y avait un monde fou et le temps d'attente était très long. Armé de patience, j’attendis mon tour. Mon numéro fut finalement appelé et je me suis présenté au guichet, bien content de constater que j’avais survécu à cette longue et ennuyeuse attente. La mine renfrognée et l'air désabusé par une retraite qui tardait probablement à venir, une dame d'un certain âge officiait derrière le guichet. Elle lut les renseignements inscrits sur ma carte de maladie, puis me regarda. Je dirais plutôt qu'elle me dévisagea.
« Est-ce que vous parlez français? », me dit-elle avec un air de Jacques Cartier [2] qui venait de tomber nez-à-nez avec le premier autochtone du coin.
Je dois reconnaître, à sa décharge, que je suis loin d’avoir les traits d’un Suédois, que je ne suis pas blond et que la couleur de mes yeux ne rappelle en rien l’azur des mers. Bien au contraire, mes cheveux sont frisés, mon teint est basané et, comme tout Arabe qui se respecte, une moustache barre mon visage.
Mais qu’allais-je donc lui répondre?
Qu’elle était la nième personne à me poser cette sempiternelle question? Que j’ai étudié dans cette langue de la petite école à l’université? Que j’ai été nourri de littérature française? Que mes thèses universitaires ont été écrites dans cette langue? Que je suis auteur d’ouvrages pédagogiques utilisés au Québec et écrits dans la langue de Molière? Que j’enseigne en français aux jeunes Québécois depuis presque vingt ans? Que j’écris régulièrement dans les journaux et les sites d’expression française? Que je me considère comme un auteur d’expression française? Que sa question aurait été grammaticalement plus belle si elle avait utilisé l’inversion du sujet?
Lui ferais-je remarquer qu’elle n’avait posé cette question à aucune personne avant moi alors qu’à Montréal on rencontre souvent des personnes au faciès « occidental » mais qui ne peuvent construire une phrase correcte en français? Que ce n’est pas parce qu’on a les cheveux frisés qu’on ne parle pas français?
Aurait-elle posé cette question à mon fils qui est né à Montréal et qui, par hérédité, a hérité de mes traits? Et allait-on continuellement poser cette même question à sa descendance si elle décide de vivre au Québec?
Avec tout cet achalandage matinal, aurais-je le temps de lui raconter l’anecdote du grammairien, académicien, poète, écrivain et homme politique sénégalais Léopold Sédar Senghor lors d’une réception mondaine à Paris?
Invité par son ami Georges Pompidou, alors président de la France, Senghor était la seule personne de couleur de la somptueuse réception. Alors qu’il sirotait une coupe de vin, une dame de la haute société s’approcha de lui et, pensant qu’il ne parlait pas français, lui dit :
« Bon vin, bon vin? »
Il lui sourit en hochant de la tête. Quelques minutes plus tard, Pompidou annonça à ses convives qu’il allait profiter de la présence de son grand ami Léopold pour lui demander de prononcer un discours. Senghor pris la parole et émerveilla l’assistance par son phrasé, ses mots ciselés, ses envolées lyriques, la richesse de son vocabulaire, bref, sa maîtrise de la langue française. Après avoir été chaudement applaudi, il chercha des yeux la dame qui lui avait naguère adressé la parole, se dirigea vers elle et lui dit :
« Bon discours, bon discours? »
(29 mars 1984)
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« Est-ce que vous parlez français? », me répéta la guichetière, excédée par mon hésitation.
Me remémorant l’interminable polémique des accommodements raisonnables [3] et, maintenant, celle de la Charte de je-ne-sais-trop-quoi [4], je finis par lui répondre:
« Oui, madame, je parle français ».
Ahmed Bensaada
Enseignant et auteur (en français, bien sûr!)

Notes
Cet article a été publié par le quotidien algérien Reporters, le 30 septembre 2013 (p.16)
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Pour la mémoire
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