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SILA : les faux alibis d’une vraie interdiction

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Les récentes déclarations du commissaire du Salon International du Livre d’Alger (SILA) concernant l’interdiction du livre égyptien [1] dénotent un revirement de position susceptible de donner le tournis même au plus averti des observateurs. En effet, changer radicalement d’argumentaire en un laps de temps aussi court, relève plus du domaine des arts du spectacle que de celui de la communication.

Dans ses premières déclarations [2],  il justifiait l’interdiction du livre égyptien lors de la prochaine édition du SILA en invoquant le « respect au peuple algérien et aux gens qui ont été maltraités au Caire lors de la rencontre entre l’Équipe nationale de football et son homologue égyptienne ». Cette décision irréfléchie a engendré un  tollé d’une remarquable unanimité [3] . Appel à lever cette interdiction signé par un nombre considérable de personnalités algériennes, articles de journaux, entrevues, diffusion de l’information par les médias internationaux majeurs: la montée au créneau des intellectuels algériens a été exemplaire, révélant un indéniable engagement social et une volonté sincère de préserver le livre des stériles manœuvres politicardes. Il est à noter, à ce titre, l’inexistence totale d’articles approuvant la décision du commissaire du SILA. Même le Haut Conseil Islamique s’est prononcé sur le sujet en déclarant que : « cette décision, si elle venait à être prise, ne serait pas dans l'intérêt de la culture en général et des lecteurs en particulier, loin s'en faut » [4] . Les seuls soutiens à cette interdiction, souvent belliqueux, chauvins et irrévérencieux, se trouvent dans les méandres des commentaires postés sur Internet, sous couvert d’anonymat. Mais alors de qui le responsable du SILA est-il le porte-voix? À ce sujet, il faut mentionner que l’unique article, récemment publié dans un journal algérien [5], prônant l’interdiction du livre égyptien ne mérite pas qu’on s’y attarde, tant la médiocrité qui soutient son argumentation est abyssale. Je réfère le lecteur à la réponse éclairée de A. Merdaci, dans son article intitulé « Interdiction du livre égyptien : Mensonge et déraison » [6] .

Actuellement, le commissaire n’invoque plus que l’argument sécuritaire alors qu’il avait bien déclaré qu’ « en tant que commissaire, je n’investirai pas un centime pour leur sécurité, ni à la sécurité de leurs biens ». Mais en claironnant cela, ne veut-il pas dire que la sécurité de tous les exposants étrangers laissera à désirer? Ou bien veut-il investir pour la sécurité de tous les exposants, sauf pour celle des Égyptiens? Et puis, comment un pays comme l’Algérie ne peut-il pas assurer l’ordre et le bon fonctionnement d'un salon qui se veut international? Pourtant, on a bien été capable d’affecter 5000 policiers pour assurer la sécurité autour du match JSK-Ahly à Tizi-Ouzou [7]. Peut-on croire que, chez nous, il est possible de maintenir l’ordre lorsqu’il s’agit d’évènements à risques qui charrient des foules immenses, potentiellement belliqueuses, et qu’on soit incapable de l'assurer lors d’un évènement culturel fréquenté par des amoureux du livre et de la culture? Il faut se rendre à l’évidence que, dans notre pays, le foot a ses raisons que la raison ne connaît pas : pas un sou pour la sécurité du livre, mais des sommes astronomiques pour celle du foot, sport qui a été le ferment de tous les problèmes entre les deux pays.

Le commissaire a également présenté des chiffres concernant l'achalandage au prochain SILA où il faisait état du nombre prévu de visiteurs. Dans son article « Le SILA se prépare » [8], A. Halfaoui montre de manière pédagogique l’inexactitude de ses dires et démontre que ses projections sont largement surestimées.

La volte-face du premier responsable du SILA, ne concerne pas uniquement l’argumentaire des représailles contre « ceux qui nous ont offensés », mais aussi sur sa relation avec la partie égyptienne. Il avait initialement affirmé avoir reçu un courriel de l’Union des Éditeurs Égyptiens, mais qu’il avait décidé de ne pas y répondre (comme si cette attitude pouvait être acceptable de la part d’un responsable de cette envergure). Maintenant, il prétend s’être entendu avec le président de cet organisme égyptien et que ce dernier s’était montré très « compréhensif » (sic). Comment expliquer alors que ce même président ait saisi l’Union des Éditeurs Arabes pour se plaindre du traitement discriminatoire infligé par le commissaire du SILA? D’autre part, toutes les personnes qui suivent le dossier de près savent pertinemment qu’aucune déclaration dans un quelconque média n’a été faite en ce sens par les Égyptiens. La seule personne qui tient ce discours est notre commissaire national. Étant donnée la sensibilité du dossier et par souci de crédibilité, pourquoi n'a-t-il pas proposé à  l’Union des Éditeurs Égyptiens d’émettre un communiqué commun?

Profitant de toutes ces tergiversations, le responsable de Salon du livre du Caire a annoncé publiquement que les éditeurs algériens seront les bienvenus dans la capitale égyptienne lors de la prochaine édition qui se tiendra en janvier prochain [9], donnant une image d’apaisement, de sérénité et de  grandeur d’âme à son pays. Cela a amené le président de l’Union des Éditeurs Arabes à féliciter la décision égyptienne et la qualifier de saine et de constructive [10]. Cette déclaration signifie explicitement qu’il pense le contraire de la position algérienne.

En conclusion, on peut affirmer sans ambages que même si l'argument sécuritaire est plus « politiquement correct » que celui de la punition, il ne tient pas, lui aussi, la route. Il est clair que les raisons sous-jacentes et réelles de cette interdiction sont toujours les mêmes.

Personne n’est dupe.

Références

  1. http://www.dna-algerie.com/politique/42-interieure/406-entretien-exclusif-smain-ameziane-commissaire-du-sila-l-inviter-les-egyptiens-a-alger-comporte-un-risque-securitaire-que-lon-peu-assumer-r.html
  2. http://www.lexpressiondz.com/article/2/2010-08-09/79388.html
  3. Voir, par exemple, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=95:test&catid=37:societe&Itemid=75
  4. http://www.hci.dz/Bayane-Majlis-Ahdath-21.htm
  5. http://www.lexpressiondz.com/article/2/2010-09-01/80162.html
  6. http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/09/05/article.php?sid=105514&cid=41
  7. http://www.city-dz.com/jsk-ahly-le-match-de-la-peur/
  8. http://www.lejourdalgerie.com/Editions/280810/Rubriques/evenement.htm#12
  9. http://www.youm7.com/News.asp?NewsID=271466&SecID=94&IssueID=0
  10. http://www.youm7.com/News.asp?NewsID=267829&SecID=94

 


 

Cet article a été publié le 9 septembre 2010 dans les colonnes du journal "Le Quotidien d'Oran"

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