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Djemila Benhabib à Trois-Rivières : mauvais casting du PQ?

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Le recrutement de Djemila Benhabib par le Parti Québécois (PQ) ainsi que son parachutage à Trois-Rivières posent visiblement un problème de casting. La motivation du parti souverainiste est facilement compréhensible : profiter de la surmédiatisation de la candidate d’origine algérienne auteure de deux brûlots anti-islamistes pour la faire élire dans ce « comté baromètre ». Mais ce parti n’a apparemment pas bien évalué le risque de déterrer les vieux démons des accommodements raisonnables et d’ouvrir la boîte de pandore du vivre-ensemble au Québec.

Ainsi, comme la seule « compétence » communément reconnue à Mme Benhabib réside dans sa capacité à disserter sur les dangers d’une invasion islamiste dans toutes les sphères de la société québécoise, il fallait s’attendre à ce que le débat entourant sa candidature soit essentiellement centré sur les questions (ô combien sensibles) de la religion.

Mais tant que Mme Benhabib ne s’attaquait à l’islam dit « politique » que dans un cadre « informatif » à travers différents médias, son audience auprès d’une grande frange de la société québécoise dite « de souche » était considérable. Cependant, lorsqu’on passe au cadre « politique », les idées qui ne s’appliquaient qu’à une communauté en particulier doivent nécessairement se généraliser par souci de cohérence « idéologique ».

Il est difficile de comprendre, par exemple, son opinion arrêtée sur le caractère ostentatoire d’un hijab, d’un turban ou d’une kippa et non de celui d’un pendentif cruciforme, objet souvent porté avec ostentation par de fervents pratiquants.

Par ailleurs, sa surprenante volte-face concernant l’épisode du crucifix de l’Assemblée nationale montre bien les limites de son raisonnement idéologique dans un contexte politique fortement lié au terroir.

Sur le plan du vivre-ensemble, la campagne électorale qui se déroule actuellement au Québec se caractérise par une phraséologie importée de France : signes religieux ostentatoires, laïcité de l’espace public, neutralité de l’État, etc. Ces mêmes expressions ont été utilisées dans l’hexagone, du temps où la candidate du PQ vivait dans ce pays, en transit entre l’Algérie et le Canada.

Résultat : la France est un des rares pays occidentaux à imposer des restrictions vestimentaires à connotation religieuse. D’ailleurs, sa politique en la matière vient d’être épinglée par un récent rapport du département d'État américain sur les libertés religieuses en plus de provoquer d’incommensurables problèmes avec ses minorités ethniques.

L’erreur fondamentale de la candidate « vedette » du PQ, vient du fait qu’elle cherche à greffer des solutions françaises à une problématique québécoise dont elle ne maîtrise manifestement pas toutes les subtilités. Il ne peut en découler qu’un naturel phénomène de rejet.

D’un autre côté, le combat mené par l’auteure de l’ouvrage « Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident » n’est pas clair pour une partie de la communauté musulmane qui n’a rien à voir avec le titre volontairement provocateur de son livre. Il n’y a qu’à consulter la blogosphère et lire les pétitions qui circulent actuellement pour s’en rendre compte. En effet, dans ses prises de position concernant l’islam, la frontière entre « islamiste » et « musulman » tout court n’est généralement pas claire, c’est le moins qu’on puisse dire. Ses attaques très médiatisées contre, entre autres, la viande halal, les écoles musulmanes ou même les minarets suisses en témoignent.

Certaines de ses déclarations accentuent encore plus le flou : « le crucifix, [je n'en ai] jamais fait une fixation » a-t-elle récemment déclarée. « Peut-elle en dire autant pour le hijab? » lui a-t-on rétorqué.

Un autre élément qui risque de poser des problèmes à la candidate, c’est sa propension à vouloir se définir elle-même comme « intellectuelle » comme si les autres candidats ne l’étaient pas.

La nouvelle venue en politique devrait savoir que le réel capital d’un(e) intellectuel(le) réside dans sa liberté de penser et dans la logique et la pertinence de ses idées. L’intellectuel(le) ne sacrifie pas son idéologie à des fins mercantiles de succès ou d’échec à des élections. Alors pourquoi utiliser une telle terminologie qui a de moins en moins sa place dans l’arène politique?

En définitive, la candidature de Mme Benhabib risque de faire perdre au PQ aussi bien les voix des électeurs québécois « de souche » soucieux de la préservation de leur patrimoine culturel que celles des électeurs musulmans qui voient en elle un danger pour le vivre-ensemble au Québec. Et comme le débat sur la laïcité déborde la circonscription de Trois-Rivières, le mot d’ordre est susceptible d’être suivi dans toute la province.

Mauvais casting? Réponse le 4 septembre 2012.

 


 

Épilogue:

Extrait de sa déclaration après l'annonce des résultats:

«Les électeurs et électrices ont fait leur choix et je le respecte. Je félicite la candidate libérale pour sa victoire. J'avais pris un engagement de m'installer à Trois-Rivières et je m'y installerai. Et je n'ai pas dit mon dernier mot. C'était une expérience humaine formidable et je pense qu'il y a énormément de choses à faire à Trois-Rivières. J'y contribuerai à ma façon.»

Pourtant, en 2014, elle se présente dans une autre circonscription (sic!): Pour y vivre?

Elle a ausi été battue:

 


Pour en savoir plus


 

1- Djemila Benhabib et la viande Halal:

2- Djemila Benhabib et les minarets suisses:

3- Djemila Benhabib et les écoles musulmanes:

4- Djemila Benhabib et le hijab:

5- Djemila Benhabib et le crucifix de l'Assemblée nationale:

6- Djemila Benhabib: L'Islam, le vin et les femmes

7- Djemila Benhabib à l'Assemblée nationale du Québec: Consultation générale sur le projet de loi n°94 (Audition du 26 novembre 2010)

8- Livres de Djemila Benhabib:

 


Commentaires

1- Cette Benhabib oublie que les Algériens, notamment les Algériennes ayant quitté le pays ont souffert de l'islamisme et du conservatisme. Le plus souvent d'ailleurs (une enquête pourrait être plus précise), ils ont quitté le pays pour souffler, trouver la stabilité ( le nombre important de divorces montre d'une certaine façon que  la domination des hommes, qui veulent garder un repère et continuer d'exercer le pouvoir sur la femme, est en train de se perdre). C'est le dépaysement, le choc d'un nouvel espace, qui fait que l'islam devient quelque part un recourt identitaire. En revanche, on est loin des pionniers qui ont quitté l'Europe pour des raisons politiques, en l’occurrence leur intégrisme. Le Québec lui-même a un fort sentiment religieux qui n'a pu se transformer, se séculariser qu'avec la consolidation du nationalisme dans les années soixante. La prochaine génération algérienne au Canada, je pense qu'elle n'aura pas ce sentiment d'identité à l'islam. A part, si l'islamophobie prend des allures extrêmes. Les politiques qui n'ont rien à proposer pour la santé, l'éducation, le bien-être social et autres trouvent toujours un bouc émissaire. L'islam actuellement joue ce rôle. Il faudrait parier sur la diversité la société québécoise et son sentiment d'oppression coloniale de par les anglophones pour que cela n'arrive pas. Il faudrait aussi être vigilant par rapport aux groupes très minoritaires d'intégristes pour qu’ils ne soient pas manipulés ou qu'ils se radicaliser pour diverses raisons. Les gens comme Benhabib qui ne viennent d'aucune tradition politique, en plus de leur opportunisme, peuvent être très dangereux. Elle existe politiquement parce qu'elle répond à un certains besoins de la droite québécoise.

MY, Journaliste et universitaire (France)

 

2- Après la "bévue" de madame Benhabib sur le crucifix , est elle toujours invitée dans les plateaux tv pour critiquer avec ironie  les pratiques religieuses des québecois ?  Cette dame s'est vraiment trompée de lieu "d'asile" . Sa place est dans l'hexagone où elle pourra jouer sans gène un rôle de "sarkozette" comme Rachida Dati ou Rama Yade.

M D, Enseignant (Algérie)

 


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